mardi, décembre 26, 2006

Ce Blog, durant une période idéfinie,
ne sera plus remis à jour avec des articles et analyses.
Il me sert juste de "Blog d'essai"
pour mes autres blogs (artistiques et politiques),
que je vous invite dès lors à visiter :

Merci pour votre compréhension
et au plaisir de vous retrouver
quelquepart sur la blogosphère. ..

Ben Heine


mesure d'audience

lundi, juin 26, 2006

Dossier rédigé dans le cadre du Forum fiscal sur
« Les dépenses et impôts injustifiés, l’histoire de
l’impôt et les contribuables », organisé par
l'Association Belge des Contribuables
le 15 juin 2006.
Introduction


C’est bien connu, la Belgique reste l'un des pays les plus fortement imposés en ce qui concerne l'impôt des personnes physiques (IPP), et la charge qui pèse, par exemple, sur les cadres de sociétés y est toujours la plus élevée au monde.

La réforme fiscale de l'impôt des personnes physiques a permis de réduire, assez modestement cet impôt, mais elle a malheureusement été compensée, notamment au niveau régional et local, par l'augmentation d'autres taxes, ce qui ramène à relativement peu de chose la réduction des charges sur les particuliers. Quant aux sociétés, la réforme a permis de réduire le taux de l'impôt, mais non sa charge réelle, puisqu'en compensation, la base a été étendue.

Certains pays d’Europe centrale ont adopté depuis quelques années un système de taxe forfaitaire appelé « flat tax » (le taux de l’impôt des personnes physiques serait rabaissé et amené à un taux fixe beaucoup plus bas, unique et applicable à tout le monde). Ce système rencontre un franc succès dans plusieurs Etats où il a permis notamment de mettre fin au travail au noir ainsi qu’à la corruption de l’administration fiscale des pays concernés. On se demande si ce régime fiscal ne serait pas une bonne solution en Belgique, pays qui connaît une corruption endémique au sein de son administration publique, et où la croissance ne progresse guère (notamment en Wallonie socialiste). Malheureusement, l’importation d’un tel impôt forfaitaire fait ici l’objet d’un refus général, car il choque une grande partie des Européens occidentaux habitués à une forte progressivité de l’impôt. Pourtant, ne vaut-il mieux pas un impôt doux qui renfloue vraiment les caisses de l’Etat, plutôt qu’un impôt élevé, inefficace et qui favorise la corruption ?

Dans l'ensemble, la fiscalité belge, telle qu’elle est aujourd’hui, continue à nuire à la compétitivité du pays. La Belgique est ultra taxée et cela mine en effet le bon développement et la croissance des sociétés. Un bon exemple est la ville de Bruxelles, si le gouvernement veut éviter que la capitale ne devienne un désert économique, il est urgent qu’il prenne les mesures nécessaires pour réduire la fiscalité. En période de crise, c'est en réduisant les charges de ceux qui donnent du travail aux autres que l'on peut espérer contribuer à une relance de l'activité.


Les sources des éléments théoriques proviennent des sites
www.idefisc.cx et www.investirenflandre.be,
Les sources de l’analyse proviennent d’archives
de quotidiens belges et internationaux.


1. Impôt sur le revenu des personnes physiques (IPP)
1.1. Concepts théoriques généraux

D’où vient l’argent de la collectivité ? Environ un tiers des prélèvements fiscaux concerne les entreprises, les deux autres tiers des prélèvements concernent les personnes physiques. Il s’agit surtout d’impôts proportionnels, c'est-à-dire en proportion de la consommation, des revenus bruts perçus ou du patrimoine. Les impôts sur la consommation constituent le volet le plus important de cette fiscalité sur les personnes physiques. Ces prélèvements sont dits « indirects » parce que payés par les consommateurs au moment de leurs achats. Ils sont proportionnels à la valeur des biens acquis ou des services utilisés, suivant des taux variables, selon les produits. Il s’agit de la TVA, de la taxe intérieure sur les produits pétroliers et d’autres taxes sur la consommation.

Le second volet est composé de prélèvements essentiellement proportionnels aux revenus d’activité ou de remplacement bruts.

Le troisième volet de la fiscalité est l’impôt progressif. Il se dit « progressif » car les taux imposables augmentent avec l’assiette taxée, ce qui réduit les inégalités absolues mais aussi relatives.
1.1.1. L’ IPP

L’impôt des personnes physiques (IPP) est dû par les habitants du royaume, c’est-à-dire par les personnes qui ont établi en Belgique leur domicile ou le siège de leur fortune. Les résidents belges sont soumis à la taxe sur le revenu personnel pour la totalité de leurs revenus de toutes sources. La taxation sur une échelle mobile est appliquée aux tranches successives du revenu net imposable. Les taux en 2003 varient entre 0% et 50%. Les résidents paient aussi des taxes communales complémentaires à des taux qui varient entre 0% et 9% du revenu total imposable.

Les non-résidents sont soumis à la taxe sur le revenu pour les revenus d'origine belge seulement, notamment sur le revenu professionnel d'origine belge, sur le revenu de propriétés situées en Belgique uniquement et sur le revenu d'investissements d'origine belge (par ex. dividendes payés par une société belge). Les non-résidents doivent payer des taxes complémentaires à un taux de 6,7% du revenu total imposable.
Un cessionnaire international qui accepte un emploi en Belgique sera généralement soumis à la taxe sur le revenu en vertu de la loi belge. Les autres taxes qui peuvent être d'application sont l'impôt foncier et les droits de donation et de succession. Il n'y a pas d'impôt sur la fortune à proprement parler en Belgique. L'impôt sur les gains en capital pour les personnes physiques n'est prélevé que sur les ventes à une société étrangère d'un important holding dans une société belge et sur les ventes de propriétés dans certaines circonstances.

En Belgique, l'exercice fiscal va du 1er janvier au 31 décembre. Lorsqu'une personne physique n'est imposable en Belgique que pour une partie de l'année civile, ses revenus pour cette période sont traités comme s'il s'agissait de revenus se rapportant à une année civile complète. Il n'y a pas de restriction proportionnelle des indemnités ni un calcul brut du revenu sur une base annuelle.

La taxe sur le revenu personnel est calculée en déterminant la base imposable et en évaluant la taxe due sur cette base.

Dans la détermination de la base imposable, les cotisations obligatoires à la sécurité sociale payées en Belgique ou à l'étranger sont entièrement déductibles d'impôts. Les frais professionnels peuvent être réclamés soit sur base réelle, soit sur présentation de documents justificatifs ou sur base forfaitaire dont le montant déductible maximum est actuellement de EUR 3.000,00 pour un salaire brut imposable de EUR 52.703,33.

L'impôt sur le revenu personnel est calculé sur une base imposable, après avoir autorisé l'exonération d'une partie de cette base en appliquant un certain nombre de déductions en fonction de l'état civil, du nombre de membres de la famille à charge et autres. Certaines réductions d'impôt peuvent aussi être appliquées. Cependant, aucune exonération à l'impôt personnel et aucun transfert fictif des revenus vers le conjoint (voir ci-dessous) ne seront accordés aux contribuables non-résidents s'ils n'ont pas un domicile en Belgique pendant toute la durée de la période imposable.
Selon les autorités, le domicile d'un contribuable marié est censé se trouver là où le contribuable vit avec son conjoint. Il existe cependant certaines exceptions à ce principe.

L'impôt local foncier (précompte immobilier - onroerende voorheffing) est évalué sur le « revenu cadastral », c'est-à-dire la valeur de location estimée par les autorités sur la propriété. Certaines réductions sont accordées en fonction de la destination. L'impôt foncier est levé sur le solde à un taux qui varie selon les communes et la localisation de la propriété. Les taux varient généralement entre 20% et 50% du « revenu cadastral ».

L'imposition des revenus du mari et de la femme est calculée séparément. Bien que les couples soient taxés séparément sur les revenus, les évaluations sont toujours émises aux deux noms.

1.1.2. La TVA

La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) est une taxe imposée sur la consommation privée et publique de biens et de services. Elle est prélevée à tous les stades de la chaîne de production et de distribution et payée à l'Etat en fonction de la valeur ajoutée à chaque stade, d'où son nom de "taxe sur la valeur ajoutée". La TVA doit être payée en général par les négociants imposables. Chaque négociant facture, en principe, la TVA sur ses ventes et est, en principe, autorisé à en déduire le montant de la TVA payé sur ses achats. Finalement, la taxe est supportée par le « consommateur final » qui ne peut pas déduire la TVA payée sur ses achats.

La TVA a été introduite en Belgique en 1971 et est appelée « Belasting over de Toegevoegde Waarde (BTW) » ou « Taxe sur la Valeur Ajoutee (TVA) » ou encore « Mehrwertsteuer (Mwst) ». La taxe est appliquée sur la plupart des fournitures de marchandises et de services effectuées en Belgique. Elle est aussi appliquée sur les marchandises importées de pays extérieurs à l'Union Européenne, sur des marchandises entrant en Belgique au départ d'autres Etats-Membres de l'UE et sur certains services achetés à l'étranger.

Le lieu d'établissement n'est pas un critère dans le cas de l'immatriculation à la TVA. Ce qui importe, c'est que la personne imposable fournisse, contre rémunération (réputée), en Belgique, des biens ou services qui rendent la TVA belge redevable. Cependant, il existe une procédure d'immatriculation différente pour les négociants qui sont établis aux fins de la TVA en Belgique et ceux qui ne le sont pas.

1.1.3. Regime fiscal des cadres étrangers

Dans certaines conditions, les cadres étrangers temporairement désignés pour un travail en Belgique dans le cadre d'un groupe international de sociétés ou qui ont été directement recrutés à l'étranger par une société belge appartement à un tel groupe international pour assumer temporairement certains services en Belgique peuvent bénéficier d'un statut fiscal spécial. Dans ce cas, ils sont traités aux fins fiscales comme non-résidents belges et imposés sur leur revenu originaire de Belgique seulement.

Conclusion : Tous ces régimes fiscaux ne présentent-t-il pas des complications inutiles ? A quand une simplification généralisée ?

1.2. L’impôt sur les revenus, facteur d’inégalité ? A quand une taxe forfaitaire ?

L'impôt sur le revenu des personnes physiques est un impôt mis en place durant la Première Guerre mondiale pour moderniser le système fiscal de l'État et ainsi faire face aux dépenses engendrées par la guerre. Il subira de nombreuses modifications par la suite. Cet impôt, d'abord symbole de modernité, fait maintenant face à des critiques de plus en plus acerbes, de par son faible rendement et de par ses coûts de perception relativement élevés. Un des objectifs de cet impôt avait été de réduire les inégalités, mais on s’aperçoit qu’il a plutôt créé de nouvelles sortes d'inégalités et une mauvaise gestion par le pouvoir des finances publiques, de l’argent des contribuables. Le pouvoir d’achat des ménages ne cesse de diminuer. Les impôts trop élevés empêchent une bonne croissance du pays, tuent l’impôt et augmentent le taux de chômage.

On s’en souvient, il y a un an environ, la candidate allemande à la chancellerie Angela Markel avait proposé de remplacer l’impôt progressif sur les revenus par une « flat tax », une sorte d’impôt forfaitaire très prisé dans les Etats d’Europe centrale. Evidemment, l’idée a été démontée par le SPD de Gerhard Schroder. De plus, aux yeux des Allemands, mettre sur le même pied une secrétaire et un directeur d’entreprise heurtait leur sens de l’égalitarisme économique. Et pourtant… Merkel est arrivé au pouvoir et le régime fiscal est en passe de profondément se modifier. Le but de Merkel est d’assainir les finances publiques allemandes. La Belgique devrait prendre exemple… Que signifie exactement le concept de « flat tax » ?

(le texte qui suit rassemble des passages d’un article provenant du site www.stephane.info)

Source de mystère et de fantasmes, la « flat tax » revient dans beaucoup de conversations. Souvent, elle est traduite littéralement par "taxe plate", ce qui ne veut rien dire - on lui préfèrera le terme de "taux fixe".

Les systèmes fiscaux actuels ont deux défauts: ils prélèvent les revenus de façon exponentielles d'une part, et ils sont extraordinairement complexe d'autre part. La « flat tax » entend s'attaquer à ces deux faiblesses.

La « flat tax » est un taux unique et universel. Le pourcentage importe moins que le principe; fixons-le à 19% pour les besoins de notre propos. Donc, sous le régime de la « flat tax », tous les revenus sont taxés à 19%. Tous. Pas d'abattements, de frais défalqués, de déductions, de tranches modifiées par le régime matrimonial ou le nombre d'enfants vivant au foyer et âgés de plus de 4 ans et demi mais de moins de 13 ans et qui s'appellent Berthe et Arthur... Rien de tout cela. La somme brute de tous les revenus acquis d'un côté (dividendes, salaire, locations, etc.) et de l'autre (19% plus tard), le résultat net.

L'avantage immense, c'est que c'est simple, et ce n'est pas qu'une histoire de confort. Avec la simplicité vient l'efficacité: plus d'échappatoires ni d'artefacts comptables qui permettent "d'orienter" son bilan pour payer moins. Et que de temps gagné pour le traitement des dossiers par l'administration elle-même!

Ensuite, la gestion au jour le jour de l'impôt est facile: il suffit d'un seul texte de loi pour modifier le taux, donc tous les taux, puisqu'ils sont au même montant. Enfin, l'impôt est linéaire: chacun paye en proportion de ce qu'il gagne, et non exponentiellement à ce qu'il gagne. Travailler beaucoup devient rentable, car sur chaque Euro gagné l'Etat prend la même part. Les riches payent plus que les pauvres, mais proportionnellement plus et non exponentiellement plus.

On l'aura compris, l'impôt progressif a montré ses limites. L'argumentation en faveur de la « flat tax » est en comparaison beaucoup plus courte, plus simple et puissante puisqu'il suffit de dire qu'elle ne souffre d'aucun des défauts du système fiscal boursouflé dans lesquels divers pays sont empêtrés.

Evidemment, ce n'est ni utile ni même rentable de faire payer 19% d'impôts aux individus les plus pauvres, car pour cette catégorie de personnes la récolte de l'impôt par l'Etat revient tout aussi chère que ce qu'elle rapporte - c'est donc une opération particulièrement stérile. Ceux qui ont pensé à la « flat tax » ont donc aussi suggéré l'existence d'un palier unique en-deça duquel aucun impôt n'est payé. C'est l'unique abattement. Ainsi, s'il était placé à 10'000 Euros, les gens qui gagneraient 9'000 Euros ne paieraient rien. Ceux qui gagneraient 17'000 Euros payeraient 19% des 7'000 qu'ils gagnent au-dessus du palier. Quant au millionnaire bedonnant qui engrange un million d'Euros annuellement, il payerait 19% de 990'000 Euros. Cela ne ferait pas une grande différence pour lui au bout du compte, mais cela éviterait l'impôt à toute une catégorie de personnes pauvres.

La Pologne est en train d’adopter ce système de taux unique. Le pays prévoit d'uniformiser tous ses taux d'imposition (IPP, TVA…) entre 2006 et 2008, mené par son ministre de l'économie, M. Gronicki. L'imposition polonaise atteindra ainsi 18% en 2008.

Le message à destination des entrepreneurs est donc très fort. Comme ces derniers visent la richesse suite à la mise en oeuvre de leurs idées, ils lorgnent naturellement du côté des taux les plus élevés. Cette tranche passant progressivement de 40% à 18%, la clarté de la position du gouvernement est indiscutable: pour devenir riche, il faudra désormais aller en Pologne.

Encore plus fort: vous doutiez-vous que cette initiative est le projet de la gauche polonaise? Une gauche qui a bien compris que le pays avait tout à gagner d'une imposition simplifiée. Car moins d'impôts, c'est plus de croissance, et plus de croissance, c'est davantage de revenus fiscaux à long terme. Mieux vaut taxer peu un pays pour qu'il devienne riche, qu'écraser par les impôts un pays riche qui se condamne ainsi à la stagnation ou à la récession. La cerise sur le gâteau? La droite, donnée favorite pour les prochaines élections, considère qu'il faut aller encore plus loin et annonce un taux unique de 15%!

La Pologne n'est pas seule à adopter ce sytème. La Lithuanie, la Russie, la Serbie, l'Ukraine, la Géorgie, la Slovaquie et la Roumanie en disposent déjà! La Hongrie et la République Tchèque envisagent d'adopter prochainement des mécanismes de la « flat tax ». Même la candidate chrétienne-démocrate allemande, Angela Merkel, s'est dotée dans son équipe d'un économiste de renom, Paul Kirchhof, qui propose un taux d'imposition moyen de 25% (au lieu des 15 à 42% actuels.) Une révolution fiscale est en marche à l'échelle continentale.

Pourquoi certains sont-ils si réticents et d'autres si enthousiastes sur le sujet de la « flat taxe »? Car ce procédé de taxation permet une comparaison facile entre la fiscalité de différents pays. Le taux unique et l'éventuel plancher d'application permettent à chacun de comparer facilement si l'imposition est avantageuse ou non chez le voisin. Ce sont donc sans surprise les pays les moins bien gérés qui sont les plus réfractaires à la « flat tax » - parce qu'elle dévoilerait la gabegie de leurs finances publiques aux yeux de tous.

2. Impôt sur le revenu des sociétés

2.1. Concepts théoriques généraux

En Belgique, sont soumises à l'impôt sur le bénéfice des sociétés, les sociétés, associations et organisations à personnalité juridique si elles sont engagées dans une activité commerciale ou dégageant du bénéfice et si leur siège légal, établissement principal ou siège de direction effective se situe en Belgique.

En principe, les entités étrangères sont soumises à l'impôt belge sur les sociétés si elles exercent des activités commerciales en Belgique par le biais d'une succursale. Pour la taxation de 2004 (exercice financier 2003), le taux de l'impôt général sur le revenu sera de 33,99% (y compris une surtaxe d'austérité de 3%).

Les petites et moyennes entreprises bénéficient d'un taux d'imposition à réduction progressive dans certaines conditions (par exemple, revenu imposable n'excédant pas EUR 322.500, pas plus de 50% des parts de la société belge sont détenues par une autre société).

En général, la base imposable pour l'impôt sur le revenu des sociétés est le revenu mondial moins les déductions autorisées. En tant que telle, la détermination de la base imposable est fondée sur les états financiers de la société, avec certaines corrections pour déterminer le revenu imposable, à savoir :

- dépenses non admises
- revenu étranger exonéré
- déduction de dividende reçu
- pertes reportées- déduction d'investissement

Les profits répartis et non répartis sont soumis à l'impôt sur les sociétés.
Les pertes en capital sont en principe déductibles dans le calcul de l'impôt sur le bénéfice des sociétés. En exception à cette règle, les pertes en capital sur les parts ne sont pas fiscalement déductibles sauf si et dans la mesure où elles sont subies à la liquidation et reflètent une perte permanente sur le paiement effectif du capital social. Les gains en capital sont en principe imposables à leur réalisation. En exception avantageuse à cette règle, les gains en capital sur les parts sont en principe exonérés d'impôts. Les gains en capital non réalisés (par ex. les gains simplement exprimés dans les comptes) peuvent être temporairement exonérés de taxes moyennant certaines conditions.

Conclusion : Tous ces régimes fiscaux ne présentent-t-il pas des complications inutiles ? A quand une simplification généralisée ?

2.2. Un impôt commun sur les sociétés en Europe?

Il faut une harmonisation fiscale à l’échelle européenne. Il existe au sein des Etats membres des Etats que l’on pourrait appeler de « Dr Jekyll » et d’autres plutôt « Mr Hyde ». Les premiers ayant un esprit communautaire et de partage, les seconds étant les Etats que l’on pourrait appeler « radins », qui ne veulent faire aucune concession et qui sont eurosceptiques. Ils privilégient des politiques intergouvernementales (où l’Etat national détient le dernier mot (grâce au veto), ce qui implique un système de décision à l’unanimité, ce qui engendre blocage et immobilisme politique) au lieu des politiques supranationales (où tous les Etats européens négocient entre eux, ce qui implique un système de décision à la majorité et des avancées concrètes avec des lois qui passent plus vite).

En ce qui concerne l’impôt des sociétés à l’échelon européen, on songe aujourd’hui à créer une « ACCIS », Assiette Commune Consolidée pour l’Impôt des Sociétés visant à taxer les sociétés opérant dans plus d’un Etat membre. Dans ce scénario, les revenus gagnés sont calculés sur une base consolidée pour le groupe puis répartis parmi les Etats membres selon une formule reflétant la contribution de chaque unité aux revenus généraux de l’ensemble du groupe. Selon certains experts, l’ACCIS accroîtrait la transparence. Elle devrait être « simple et uniforme ». L’Irlande et le Royaume-Uni ont déjà émis leur veto au projet. Faute d’accord unanime, l’harmonisation de l’assiette pourrait faire l’objet d’une simple coopération renforcée, ce qui lui enlèverait de sa valeur car tous les Etats membres ne s’y lieraient pas.

Stefano Micossi, ancien directeur général de l’industrie pour la Commission européenne, exprimait ses réserves dans l’Echo du 28 janvier 2006. Selon lui, l’ACCIS pose deux problèmes : Les normes comptables internationales (qui permettent de déterminer le revenu imposable des comptes consolidés) répondent au besoin d’information des investisseurs financiers mais ne fournissent aucune définition fiable du revenu pour l’imposition.

Il déplorait ensuite le fait qu’il n’existe aucune règle légale commune sur la consolidation des groupes (car les lois commerciales de nombreux pays de l’UE ne contiennent aucune définition de groupe).Selon Stefano Micossi, l’imposition « fédérale » des sociétés de l’Union européenne devrait être perçue comme une taxe proportionnelle aux avantages, basée sur une mesure d’activité générique, appliquée à un taux modéré et sans liens avec le taux de rendement courant.

Pour Micossi, l’idée d’une assiette commune doit néanmoins être préservée afin de simplifier le système et de réduire la portée des transferts de bénéfices. L’UE ne peut être condamnée à vivre sous le coup de 25 systèmes fiscaux différents. Il insiste aussi sur le fait que l’on doit passer à une imposition forfaitaire des activités des sociétés et laisser de côté l’imposition sur les revenus, car celui-ci ne correspond pas à la nature décentralisée de l’Union européenne.

3. Ce que demande l’Association Belge des Contribuables

Entre mars 2005 et février 2006, il y a eu 7975 faillites enregistrées en Belgique (chiffre livré par l’Institut national de Statistique), c'est-à-dire 22 banqueroutes par jour. Les secteurs le plus touchés sont le Commerce, le Transport et l’Horeca. Cela est sans conteste dû aux charges exorbitantes qui plombent le chiffre d’affaires et empêche de bonnes marges bénéficiaires. Une solution adéquate serait de diminuer le taux de la TVA (6%) et ce à l’échelle européenne.

Selon une récente étude conjointe de l’UCL et de la KUL, une diminution du taux de l’impôt sur les sociétés des 33,99% actuels à 25% permettrait une croissance économique de 1,3% et la création de quelques 90.000 emplois (ce qui aiderait bien Verhofstadt qui n’arrive pas à atteindre les 200.000 emplois promis depuis longtemps). Bien que la Belgique ait réduit le taux de l’impôt sur les sociétés de 40,17% à 33,99% en 2002, ce taux est toujours un des plus élevés de l’Union européenne. Le taux moyen est en effet de 25,4% dans l’Union européenne et de 20,8% dans les 10 nouveaux Etats membres.
L’ABC désire obtenir une démocratie globale, libérale et fiscale, afin que le travail salarié et le capital soient taxés avec un taux maximal de 25%. Il convient de simplifier le code des impôts actuels. Dans cette optique, l’ABC se positionne très favorablement à l’égard du système révolutionnaire de la « flat tax » (cfr. supra), dont le concept commence à se répandre partout en Europe. Il convient également de réviser à la baisse, voire de supprimer, certaines écotaxes, taxes régionales et communales inutiles et injustes ; cela sans attendre !


mesure d'audience

Article intéressant tiré du site www.stephane.info
La Flat Tax


Source de mystère et de fantasmes, la Flat Tax revient dans beaucoup de conversations. Souvent, elle est traduite littéralement par "taxe plate", ce qui ne veut rien dire- on lui préfèrera le terme de "taux fixe". Qu'est-ce que la Flat Tax, que recouvre-t-elle ? Voilà quelques explications sur cette révolution fiscale libérale.

Les systèmes fiscaux actuels ont deux défauts: ils prélèvent les revenus de façon exponentielles d'une part, et ils sont extraordinairement complexe d'autre part. La Flat Tax entend s'attaquer à ces deux faiblesses. Commençons déjà à comprendre pourquoi les systèmes d'imposition actuels sont dépassés...

Steve Forbes s'amusait déjà de la comparaison du Code des Impôts avec la Bible: la parole de Dieu fait 773'000 mots alors que le Code des Impôts américain, produit de la bureaucratie et des politiciens, atteint une taille dix fois supérieure. Rien ne semble pouvoir atténuer ce boursouflement légal qui vient rajouter chaque année sont lot de nouvelles pages à cette construction délirante. Pour mémoire, la Constitution Américaine ne fait que 1300 mots.

La complexité du système des impôts joue contre lui. Avec une complexité légale croissante, il devient de plus en plus difficile pour chacun de s'y retrouver. "Nul n'est sensé ignorer la loi", dit-on, mais encore faudrait-il que la loi soit claire, accessible et intelligible. Cette partie de l'adage été volontairement balayée sous le tapis.Chaque année, des contribuables sont mis en accusation, sans trop savoir si les prévenus sont coupables d'avoir triché par calcul ou se sont trompés en toute bonne foi - ni même s'ils se sont trompés tout court. Au mieux, le procès permet de lever le doute; au pire, le doute subsiste car les contradictions sont d'autant plus faciles à dénicher que le texte de loi est touffus. Et dans le cas des impôts, on touche au texte le plus complexe et le plus long de tout ce qui a jamais été écrit par la main de l'homme...

Evidemment, cette complexité entraîne d'autres injustices. Les gens les plus riches peuvent s'entourer de conseillers fiscaux et profiter des failles du système. Des opportunités dont ne disposent pas les gens de la classe moyenne. C'est là le paradoxe des taux progressifs: au lieu de tirer un maximum d'argent des contribuables les plus riches, ils les ratent complètement! Au-delà d'un certain point, il est en effet plus utile de dépenser de l'argent auprès d'experts fiscaux et en montages financiers offshore que de payer la somme due à l'administration...

Un système d'impôts complexe est également cher, donc moins rentable. S'il faut une armée de conseillers et d'experts pour remplir les feuilles, il en faut tout autant lorsque le moment est venu de traiter toutes ces déclarations. La jungle des directives, les lenteurs administratives, les contrôles aléatoires et le coût de tout le personnel impliqué dans ces tâches byzantines finissent de plomber la rentabilité de l'opération. Sans surprise, c'est en France et en Allemagne que l'impôt sur le revenu coûte le plus cher à collecter.

Enfin, argument idéologique qui donne des verrues à la gauche (pour laquelle le seul intérêt d'un riche individu est d'être taxé à mort), la progressivité de l'impôt décourage les efforts. Le système "progressif" de l'impôt est exponentiel. Cela signifie que chaque nouvel Euro brut se traduit en de moins en moins de centimes d'Euros net. Le premier Euro est gagné à plein, mais au bout de quelques centaines, chacun ne donne plus que cinquante, voire quarante centimes d'Euros une fois l'impôt retiré. Travailler au-delà de certaines limites arbitraires devient pénalisant.

Dans ces conditions, pourquoi se démener pour essayer de gagner de l'argent? La progressivité de l'impôt est un puissant démotivateur qui enjoint chacun à se contenter d'une existence médiocre, qui castre les esprits les plus aventureux, qui avilit l'esprit d'innovation et amenuise toute volonté de se dépasser (pour ceux qui le souhaiteraient, évidemment - il y aura toujours les bienheureux qui expliqueront que leur vie pépère leur convient parfaitement. Pourtant, même eux ne se porteraient pas plus mal avec un taux unique!)Certes, il est expliqué plus haut que les gens les plus riches parviennent à éviter les taux les plus élevés en jouant sur des failles du système (ce qui rend ces taux d'autant plus inutiles) mais entre la famille de la classe moyenne et le nabab, il reste tout un no man's land où personne ne s'aventure: on y est pas assez riche pour avoir les moyens d'éviter les impôts, et trop taxé pour que l'aventure en vaille les efforts.

On l'aura compris, l'impôt progressif a montré ses limites. L'argumentation en faveur de la Flat Tax est en comparaison beaucoup plus courte, puisqu'il suffit de dire qu'elle ne souffre d'aucun des défauts du système fiscal boursouflé dans lesquels divers pays sont empêtrés. Si cette vision de l'impôt parvient à triompher, c'est plus à cause de la faiblesse des alternatives...

Tout d'abord, qu'est-ce que la Flat Tax? C'est un taux unique et universel. Le pourcentage importe moins que le principe; fixons-le à 19% pour les besoins de notre propos. Donc, sous le régime de la Flat Tax, tous les revenus sont taxés à 19%. Tous. Pas d'abattements, de frais défalqués, de déductions, de tranches modifiées par le régime matrimonial ou le nombre d'enfants vivant au foyer et âgés de plus de 4 ans et demi mais de moins de 13 ans et qui s'appellent Berthe et Arthur... Rien de tout cela. La somme brute de tous les revenus acquis d'un côté (dividendes, salaire, locations, etc.) et de l'autre, 19% plus tard, le résultat net.

L'avantage immense, c'est que c'est simple, et ce n'est pas qu'une histoire de confort. Avec la simplicité vient l'efficacité: plus d'échappatoires ni d'artefacts comptables qui permettent "d'orienter" son bilan pour payer moins. Et que de temps gagné pour le traitement des dossiers par l'administration elle-même!

Ensuite, la gestion au jour le jour de l'impôt est facile: il suffit d'un seul texte de loi pour modifier le taux, donc tous les taux, puisqu'ils sont au même montant. Enfin, l'impôt est linéaire: chacun paye en proportion de ce qu'il gagne, et non exponentiellement à ce qu'il gagne. Travailler beaucoup devient rentable, car sur chaque Euro gagné l'Etat prend la même part. Les riches payent plus que les pauvres, mais proportionnellement plus et non exponentiellement plus.

Evidemment, ce n'est ni utile ni même rentable de faire payer 19% d'impôts aux individus les plus pauvres, car pour cette catégorie de personnes la récolte de l'impôt par l'Etat revient tout aussi chère que ce qu'elle rapporte - c'est donc une opération particulièrement stérile. Ceux qui ont pensé à la Flat Tax ont donc aussi suggéré l'existence d'un palier unique en-deça duquel aucun impôt n'est payé. C'est l'unique abattement. Ainsi, s'il était placé à 10'000 Euros, les gens qui gagneraient 9'000 Euros ne paieraient rien. Ceux qui gagneraient 17'000 Euros payeraient 19% des 7'000 qu'ils gagnent au-dessus du palier. Quant au millionnaire bedonnant qui engrange un million d'Euros annuellement, il payerait 19% de 990'000 Euros. Cela ne ferait pas une grande différence pour lui au bout du compte, mais cela éviterait l'impôt à toute une catégorie de personnes pauvres.

La Flat Tax paraît loin d'être acquise, mais pourtant elle n'a jamais été aussi proche de sa mise en oeuvre. Pas en France, on s'en doute, mais par exemple en Pologne. Avant de rentrer dans la zone Euro, le pays prévoit d'uniformiser tous ses taux d'imposition entre 2006 et 2008, mené par son ministre de l'économie, M. Gronicki. Alors que les taux d'imposition pour les personnes physiques sont à 19%, 30% et 40% cette année, ils de passeront à 19%, 28% et 35% en 2006. En 2007 il n'y aura plus que deux taux: 18% et 25%. En 2008, ce sera 18% pour tout le monde. La TVA, actuellement entre 0% et 7% selon les produits, prendra l'ascenseur pour arriver elle aussi à 18% sans distinctions. L'imposition polonaise sera donc de 18%, point.

Le message à destination des entrepreneurs est donc très fort. Comme ces derniers visent la richesse suite à la mise en oeuvre de leurs idées, ils lorgnent naturellement du côté des taux les plus élevés. Cette tranche passant progressivement de 40% à 18%, la clarté de la position du gouvernement est indiscutable: pour devenir riche, il faudra désormais aller en Pologne.

Encore plus fort: vous doutiez-vous que cette initiative est le projet de la gauche polonaise? Une gauche qui a bien compris que le pays avait tout à gagner d'une imposition simplifiée. Car moins d'impôts, c'est plus de croissance, et plus de croissance, c'est davantage de revenus fiscaux à long terme. Mieux vaut taxer peu un pays pour qu'il devienne riche, qu'écraser par les impôts un pays riche qui se condamne ainsi à la stagnation ou à la récession.

La cerise sur le gâteau? La droite, donnée favorite pour les prochaines élections, considère qu'il faut aller encore plus loin et annonce un taux unique de 15%! La France et l'Allemagne, enchaînés à des mécanisme de "redistribution" aussi pesants qu'inefficaces, ont du souci à se faire face au dynamisme polonais - le dernier défi à relever étant de moderniser suffisamment l'Etat pour tenir le rythme.

La Pologne n'est pas seule à adopter ce système. La Lithuanie, la Russie, la Serbie, l'Ukraine, la Géorgie, la Slovaquie et la Roumanie en disposent déjà! La Hongrie et la République Tchèque envisagent d'adopter prochainement des mécanismes de la Flat Tax. Même la candidate chrétienne-démocrate allemande, Angela Merkel, s'est dotée dans son équipe d'un économiste de renom, Paul Kirchhof, surnommé le "Rambo des impôts" et qui propose un taux d'imposition moyen de 25% (au lieu des 15 à 42% actuels.) Une révolution fiscale est en marche à l'échelle continentale.

Naturellement, rien n'empêche en théorie un vieux pays fatigué comme la France de procéder aux mêmes réformes. On se doute pourtant que ce ne sera pas le cas. Pourquoi certains sont-ils si réticents et d'autres si enthousiastes sur le même sujet? Parce que la Flat Tax n'a pas que des effets intérieurs, bien entendu. Ce procédé de taxation permet une comparaison facile entre la fiscalité de différents pays. Le taux unique et l'éventuel plancher d'application permettent à chacun de comparer facilement si l'imposition est avantageuse ou non chez le voisin. Ce sont donc sans surprise les pays les moins bien gérés qui sont les plus réfractaires à la Flat Tax - parce qu'elle dévoilerait la gabegie de leurs finances publiques aux yeux de tous. Comment un pays qui impose au taux de 35% pourrait se justifier auprès d'un autre dont le taux est de 15%? Certes, les services publics sont toujours invoqués comme excuse, mais le prétexte est usé jusqu'à la corde...

La Flat Tax consacre la concurrence fiscale, ce qui pousse naturellement les pays les plus libéraux à la défendre et les autres à s'y opposer bec et ongles. Pourtant, il faudra bien faire quelque chose pour attirer les investisseurs, et l'argument des "services publics que le monde entier nous envie" est un mensonge qui n'abuse réellement personne - il faut se promener hors des frontières de l'hexagone et discuter un peu pour s'en rendre compte. Les pays incapables de réformer leur système fiscal ne sont pas sources de croissance mais seulement de moqueries.


mesure d'audience

mercredi, juin 21, 2006

Scandales à la chaîne en Wallonie
socialiste:
Stop! L’argent des pauvres doit
revenir aux pauvres !

Benjamin Heine
Article écrit dans le cadre du combat de l'Association
Belge des Contribuables (ABC) pour une taxe citoyenne
20 juin 2006

A quand de véritables actions pour les plus démunis ?

La question revient perpétuellement : « Peut-on encore faire confiance au monde politique wallon ? » Ceux qui abusent du système doivent définitivement renoncer à leur mandat et être punis. A quoi sert le système politique wallon si ce n’est d’être une machine à scandales automatique ? A quand une véritable modernisation (et de longue durée) du PS et de toutes les autres formations ? A quand un changement de statut de nos « représentants » ? A quand un véritable « service » au citoyen ?

Il ne faut pas non plus jeter l’eau sale avec le bébé, certaines actions politiques restent un facteur important, de grande valeur ajoutée et certaines personnalités politiques sacrifient leurs nuits et leurs week-ends au service de la collectivité. Mais il s’agit d’une minorité de braves représentants. Tout et tous ne sont pas pourris, non, mais il est grand temps de mettre fin à ce mal belge et plus précisément ce mal wallon qui existe bel et bien et qui immobilise tous les secteurs, qu’ils soient politiques, économiques, sociaux…

C’est bien connu, la « chose publique » n’existe pas en Belgique, les partis sont depuis belle lurette des organismes à intérêts privés où les abus de pouvoirs font des ravages. La particratie est un fléau qui engendre l’autocensure de l’opposition et l’amollissement des branches judiciaires et législatives. Les échelons local et provincial sont les hauts lieux de pouvoir où l’on trouve la plus grande concentration de « professionnels » de la politique, mais ceux-ci et leurs cercles sont une force dangereuse car ils prônent l’esprit de clocher et le campanilisme. L’indépendance des fédérations mine la saine organisation des partis. Brefs, ces fédérations ne représentent pas les intérêts de la majorité des Wallons, elles engendrent des dérapages tels les cumuls de mandats (rémunérés ou non), le clientélisme, les corruptions…

Il existe une confusion persistante entre l’argent public et l’argent privé, et le PS est gangrené par ce genre de pratiques. José Happart a récemment dit : « Qui n’a jamais triché en achetant de l’essence ou des cigarettes au Luxembourg ? » Quel exemple de citoyenneté, n’est-ce pas ? Les événements récents (logements sociaux, Spa-Francorchamps…) montrent l’urgence d’une véritable rénovation et d’un assainissement du PS et des autres partis. Sans quoi, une alternative entre l’Etat et le citoyen, qui part sa contribution financière permet l’existence de l’Etat, devra s’imposer. Entendez par là une prise du pouvoir des contribuables eux-mêmes, à travers une association les représentant et défendant réellement leurs intérêts. C’est le but que s’est donné l’Association Belge des Contribuables/ De Belgische Vereniging van de Belasting Betalers.

Logements sociaux et ICDI

Les récents scandales successifs des logements sociaux et de l’ICDI (Intercommunale de Collecte et de Destruction des Immondices) illustrent les terribles défaillances d’un système politique corrompu qui lèse les plus pauvres. Les logements sociaux concernent près de 250.000 précarisés wallons. L’argent destiné à ceux-ci est détourné au profit des riches qui s’enrichissent encore davantage. A La Carolorégienne, les dérapages du PS illustrent la faillite d’un système. Le désordre avait éclaté au début du mois de septembre, avec la publication du second rapport d'audit de la Société Régionale Wallonne du Logement (SRWL, société chargée de contrôler les sociétés locales de logements) pointant des problèmes de gestion au sein de la Carolo. Quelques jours plus tard, le premier rapport, datant de 2002, était à son tour mis sur la place publique, et il soulignait, cette fois, des pratiques et des achats qui semblaient peu en rapport avec les activités de La Carolorégienne. Parmi eux, l'achat de vin, de fleurs et de cadeaux divers. Des échevins socialistes (Claude Despiegeleer, André Liesse et Serge Van Bergen) de Charleroi, une des villes les plus affaiblies de Wallonie, économiquement parlant, ont détourné l’argent de la collectivité. L'ex-échevin des Sports de Charleroi Despiegeleer, trouble personnage, en était le noyau principal. Il a été mis derrière les barreaux le 30 septembre à la prison de Jamioulx et inculpé pour faux, usage de faux, abus de biens sociaux et infraction aux lois sur la comptabilité. Dans son élan de corruption, Despiegeleer a causé la chute de Jean-Claude Van Cauwenberghe, le ministre-président wallon.
Di Rupo s’est une nouvelle fois présenté comme le sauveur de la Wallonie et comme l’exterminateur des profiteurs… (« J’en ai mââââârre des parvenus »). Mais vaut-il vraiment mieux que ses compères derrière ses apparences de chaste et vaillant messie? Le temps dira si Di Rupo est véritablement ce chevalier rouge valeureux et si ses agissements furent les bons. Mais les défavorisés ont-ils vraiment le temps ? Comme l’indiquent Philippe Engels et Isabelle Philippon du Vif/L’Epress : « L’exemple de la Carolo indique que des sociétés d’habitation sociales ont été de véritables vaches à lait pour des mandataires publics peu scrupuleux. » Il existe une véritable mécanique de la corruption au sein du PS wallon : « Un bourgmestre, un échevin ou un député permanent crée à son nom, ou à celui d’un de ses proches, une ASBL à l’objectif social aussi vague que possible. Il s’arrange pour obtenir un subside, et le tour est joué ». La Carolo n’est bien entendu pas un cas isolé, d’autres immobilières sociales ont été spoliées par leurs dirigeants. Toute la Wallonie est touchée. Les mécanismes à déplorer sont identiques.

Dans le cas de l’ICDI, de nouvelles révélations, de plus en plus graves, ont lieu chaque jour. La dernière en date est celle relevée par le journaliste Michel Bouffioux qui a enquêté sur différentes pratiques en cours ces dernières années à l’ICDI : un trafic d'amiante et des manipulations de documents concernant le tonnage des déchets auraient eu lieu. Par ailleurs, le président de l'ICDI, Lucien Cariat, actuellement incarcéré, a démissionné de ses fonctions. Le PS a pour sa part suspendu Lucien Cariat en sa qualité de membre du parti. Echevin de Charleroi, M. Cariat est inculpé de faux, usage de faux, détournement par un fonctionnaire public et abus de biens sociaux, dans la gestion de l'ICDI. Les récentes divulgations concernant l’ICDI montrent que la machine infernale liée à la toute puissance du PS n’a pas fini de faire parler d’elle. La liste des « parvenus » et de leurs déviances honteuses risque de s’allonger encore et encore.

Spa/ Francorchamps

Le Britannique Bernie Ecclestone, patron de la F1 (FOA, Formula One Administration) sera le promoteur du Grand Prix de Belgique de F1 à partir de 2007 (et probablement pour les 5 années qui suivent), alors que l'édition 2006 est annulée. Bernie Ecclestone prendra ainsi le relais de la société belge DDF1, qui s’est récemment déclaré en faillite. L’annulation du circuit 2006 a pour but de permettre l'achèvement de travaux d'amélioration des installations du circuit de Spa-Francorchamps. Mais qui pensez vous va payer pour la modernisation du circuit ? Le contribuable wallon bien sûr !

Le prix des aménagements à réaliser sur le circuit de Spa-Francorchamps s’élève à un coquet montant de 17,9 millions d'euros. Par ailleurs, l'intervention de la Région wallonne dans l’organisation du circuit est fixée, dans le contrat, à 18 millions d'euros pour 5 ans (soit 3,6 millions par an). 17,9 millions et 18 millions pour le contrat, on arrive déjà à 36 millions d’euros. Mais attention, on nous assène que c’est tout bénéfice pour le citoyen, car Francorchamps deviendra une zone d’expansion économique, un oasis de liberté, bref, un paradis de visibilité, un phare de l’Occident, un exemple de réussite mondiale !
Les vieux démons de « l’Etat PS »

Les scandales et les déboires du gouvernement wallon et du PS plus particulièrement semblent briser l’image d’un parti « rénové » qu’avait voulu (et que veut) apporter Elio le héros. Ainsi, dans son éditorial du 7 octobre 2005, Jacques Gevers, directeur de rédaction du Vif/L’Express, donnait cet avis édifiant : « Sous sa fine couche de paillettes, délicatement posée par Di Rupo et sa jeune garde, le PS rénové s’est craquelé. Laissant ressurgir du passé le vieux parti dominant, arrogant, parfois affairiste et peu regardant sur la morale, clientéliste et grand dispensateur de passe-droits, hypocrite et détournant l’argent public à des fins privées. » On ne peut pas nier le fait que la plupart des maux de la Wallonie découle en droite ligne de la manière dont plusieurs mandataires publics exécutent les tâches qui leur sont confiées.

N’est-il pas étonnant que la majorité de ces représentants appartiennent au PS ? On répondra que cela est dû à leur surreprésentation sur l’échiquier politique wallon…En effet, le PS contrôle tout bonnement l’appareil public et dirige les postes à haute responsabilité dans l’administration, les sociétés de logement ou les intercommunales. Dès lors que l’on sait que la surreprésentation au PS signifie corruption, passe droits, clientélisme, immobilisme, colonisation de l’Etat, politisation de la fonction publique, dysfonctionnement des institutions, déresponsabilisation…

La population wallonne n’aurait-elle pas le droit de marquer son veto à de telles pratiques ? C’est ce qui se passera inéluctablement aux prochaines élections communales d’octobre 2006 (les récents sondages ont déjà montré un net affaiblissement du PS à Mons et dans d’autres villes wallonnes) car de plus en plus de citoyens se demandent : Pourquoi une telle mainmise d’un seul parti sur un secteur aussi important de la vie économique et sociale

Cumuls et rémunérations…

Décidément, le cumul reste un « sport national ». Il est important d’en parler, car il est la source du mal wallon et la cause principale des scandales liés aux dysfonctionnements des logements sociaux. Le cumul empêche la saine gestion de l’Etat et du service public. En cumulant les fonctions, l’élu se crée par ailleurs un réseau de relations au niveau local, ce qui n’est jamais bon pour éviter le clientélisme. La question majeure demeure : Comment ces individus font-ils pour trouver le temps matériel d’exercer des activités qui imposent souvent une grande rigueur ?

Depuis 2001, une loi interdit le cumul d’un mandat de parlementaire (fédéral, régional ou communautaire) avec plus d’un mandat exécutif rémunéré. Mais pensez-vous ! Les élus ont trouvé des moyens de parer aux règles, et nombre de bourgmestres, par exemple, contournent la loi et prolongent leur mandat de président d’une intercommunale en se déclarant « directeur général » de celle-ci. Vers où va-t-on ? Est-ce bien normal de la part de représentants de faire défaut à ce point aux lois ?

En ce qui concerne les rémunérations, la limite de celles-ci ne s’applique pas à ceux qui cumulent une fonction parlementaire avec un métier dans le secteur privé ou avec une profession libérale. On peut donc considérer cette loi encadrant les rémunérations comme très superficielles. Une loi de transparence votée en 1995 n’a été mise en application qu’à partir du 12 août 2005. Depuis cette date, il est possible de consulter la liste des mandats de tous les élus. En vertu de la transparence, tous les élus sont tenus de déclarer leurs mandats et leurs patrimoines auprès de la Cour des comptes. Mais on dénombre plusieurs centaines d’élus refusant de déclarer leurs mandats. Ceux-ci devraient être tout simplement démis de leur fonction et au plus vite ! Comment est il possible de vouloir travailler dans le secteur public et de refuser de déclarer ses revenus ? Ceux qui rechignent à être transparents ont des choses à cacher et il n’y a aucune raison que les citoyens paient pour leur confort de parlementaire !

Trop d’impôt tue l’impôt et l’emploi!

Le problème réside dans le fait que les contrôleurs et les contrôlés se situent au même niveau, étant juges et parties à la fois. Les abus de biens sociaux révélés par le scandale de la Carolorégienne et de l’ICDI sont d’autant plus choquants et révoltant qu’ils émanent d’individus affiliés au seul parti dont la véritable raison d’être est (ou « devrait être ») de protéger les intérêts des plus faibles. Il faut que l’argent légué au gouvernement wallon et donc légué principalement au PS, revienne aux contribuables.

Ces scandales qui frappent Charleroi, où le Front national a remporté 16,8% des suffrages aux régionales de 2004 (et est en progression selon de récents sondages), représentent un risque d’une grande ampleur pour les prochaines élections d’octobre 2006. Le FN et ses divisions peinent sans doute à se structurer, mais les publicités propagandistes distribuées par le parti extrémiste dans les logements sociaux de Charleroi auront très certainement un grand impact auprès des populations dégoûtées lors des prochaines élections. La Wallonie est en péril. Les citoyens belges n’ont plus confiance, le pouvoir d’achat diminue drastiquement, une bipolarisation entre riches et pauvres s’accentue dangereusement et les politiques gardent toutes les cotisations pour eux !

Quelle est la solution concrète et objective à tous ces maux ? Tout d’abord, il faut limiter au plus vite la surreprésentation du parti dominant (PS) dans les intercommunales, les coopératives et autres ASBL. Dans un Etat de droit digne de ce nom, les élus ne devraient pas cumuler plusieurs fonctions en touchant des rémunérations qui proviennent entièrement des contribuables. Ceux-ci exigent un minimum de transparence et d’honnêteté ! Il est primordial de revenir aux bases de la Démocratie en privilégiant la participation individuelle des citoyens et non plus la représentation de ceux-ci par des despotes provinciaux. La prise en charge de l’Etat doit se réaliser à travers la Société Civile. La Belgique doit restée forte et les Belges unis.

Ensuite, il faut redonner une liberté d’action aux contribuables, qui représentent une majorité de citoyens en Belgique (5,8 millions) Qu’ils soient Flamands ou Wallons, riches ou pauvres, ceux-ci défendent des intérêts communs qui dépassent de loin les clivages linguistiques (communautaires), socio économiques et philosophiques.

Dans le cadre des scandales liés aux logements sociaux et à l’ICDI, les contribuables belges demandent impérativement une commission d’enquête nationale. Cette commission d’enquête aura pour but d’évaluer les dépenses injustifiées et de punir les fraudeurs. Comme le rappelle l’Association Belge des Contribuables, on ne peut plus voir dans le gaspillage de l'argent des impôts un simple délit. Ce type de crime doit être puni. Il faut traiter le gaspillage des deniers publics comme la fraude fiscale. Les deux nuisent à la solidarité commune. Dans cette optique, l’Association Belge des Contribuables reprend à son compte les revendications de l'Association des Contribuables d'Europe, qui exige pour les finances de l'UE et de ses Etats Membres, un cadre constitutionnel qui comporterait diverses lois visant à protéger les droits des contribuables, à contrôler les dépenses de l’Etat et à instaurer une taxe citoyenne.

Il est indispensable que l’argent « évaporé » soit restitué et redistribué au peuple afin qu’il en jouisse pleinement. Les impôts doivent être plus adroitement régulés. Rappelons nous les prescriptions de l’économiste français J.B. Say à l'égard de la fiscalité : « Lorsqu'il est poussé trop loin, l'impôt produit le déplorable effet de priver le contribuable de sa richesse sans même enrichir le gouvernement... » En effet, trop d’impôt tue l’impôt et l’emploi !


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mardi, juin 20, 2006

Le statut du dessinateur de presse
Les limites à sa liberté d'expression
Retour sur l'affaire des caricatures de Mahomet
Dossier, compte-rendu, analyse et interview
réalisés par Benjamin HEINE
dans le cadre d'un travail
rendu à l'IHECS
Juin 2006
Introduction

Chapitre 1. Concepts généraux
§1. Définitions de la caricature et du caricaturiste
§2. Bref historique de la caricature et du dessin de presse
§3. Différences entre le dessin et la photo
§4. Le pouvoir du dessin de presse
§5. Le dessinateur de presse est-il un journaliste ?
§6. Espace de liberté du cartooniste

Chapitre 2. L’affaire des caricatures de Mahomet
§1. 12 caricatures dans le Jyllands Posten
§2. Les réactions des organes de presse européens
§3. Les réactions des organes de presse non européens
§4. L’image des Juifs et d’Israël à travers la caricature
§5. Réactions d’intellectuels

Introduction

Le mot « Caricature » était partout présent ces derniers mois dans les médias belges et internationaux, à cause de l’affaire des caricatures de Mahomet qui a éclaté en janvier 2006 mais qui commença en fait plusieurs mois auparavant. Ce mot a été employé à tort et à travers durant les 4 mois de saga qui entourèrent l’événement. Cette affaire a replacé le rôle du dessinateur de presse au centre de plusieurs débats. Dans cette analyse, nous nous demanderons quel est le degré de liberté d’expression dont il jouit. Nous nous interrogerons aussi sur la crédibilité des dessinateurs de presse.


La caricature blesse, mais jusqu’où peut-elle blesser ? Les dessins de Mahomet ont choqué plus d’un milliard de musulmans, et pourtant ils ont été publiés partout ou presque dans les pays européens. La caricature ne représente-elle pas une réalité tronquée à ne pas prendre au premier degré ? Elle est souvent sarcastique. « Faire rire et faire mal, voilà son but. La caricature est une arme. Une arme puissante bien qu’ancienne, déjà, puisque l’on s’accorde à la faire naître au XVIe siècle. Dès le départ, elle s’attaque à tout et fait peur aux pouvoirs. Malgré la police qui la traqua souvent, elle a fait entendre durant des siècles, jusqu’à aujourd’hui, son cri révolutionnaire. » (www.amnestyinternational.be, 02.04.03).


Le dessinateur de presse subit de multiples pressions mais en exerce aussi, sur le monde politique notamment. Comme nous le verrons, le dessin de presse possède une fonction cathartique importante. Joël et Dan Kotek rappellent par ailleurs dans leur ouvrage commun Au nom de l’antisionisme. L’image des Juifs et d’Israël dans la caricature depuis la seconde Intifada que nous vivons aujourd’hui dans une société où les images dominent : « Aujourd’hui comme hier, l’opinion publique est davantage conditionnée par l’image (de la caricature à la télévision) que par le texte. » (KOTEK, 2005, 21) L’image est en effet ultra présente dans notre quotidien, nous sommes bombardés d’illustrations de tous genres et sur tous types de supports (télé, Internet, cinéma, photos dans les magazines et quotidiens, affiches et spots publicitaires…). L’information, quant à elle, abonde de partout : dès que nous nous levons le matin, elle arrive à nous sous d’innombrables formes sans même que nous fournissions d’efforts.


Les quotidiens de référence, de qualité supérieure et au contenu plus structuré et imposant, sont tombés en désuétude (leur tirage est en constante baisse), car ils sont beaucoup trop complexes pour la majorité des gens. Malgré les multiples tabous autour de cette activité, le rôle des caricaturistes gagne en importance sur le marché de l’information dans la presse écrite (en forte concurrence, bien sûr, avec la télé, la radio…) et l’on pense déjà aujourd’hui créer des quotidiens entièrement dessinés. Car un dessin est généralement beaucoup plus accessible et plus vite compris que ne l’est un texte. Cette importance du dessin de presse dans les médias explique sans doute l’impact qu’ont eues les caricatures de Mahomet, publiées dans plusieurs périodiques européens, en février 2006, au nom de la liberté d’expression. Dans ce travail, nous analyserons avec un regard nuancé les causes et les conséquences de l’affaire des caricatures de Mahomet, en opposant les avis de ceux qui prônent une liberté d’expression totale et ceux, au contraire, qui privilégient une censure ou une autocensure afin de respecter les différents cultes.


Il n’est pas inutile de rappeler que la caricature est toujours tendancieuse. Elle dénonce et ridiculise ceux qui ont du pouvoir. En cela, le dessinateur est courageux, car il prend de nombreux risques. Par son caractère exagéré, la caricature peut devenir dangereuse en appelant au meurtre ou à la haine. Ainsi, Joël et Dan Kotek, dans leur ouvrage commun, mettait en garde contre les dérives du dessin de presse, avant même que le scandale autour des caricatures de Mahomet n’éclate: « Il n’en reste pas moins que, en certaines occasions, elle (la caricature) peut aussi se révéler injuste et dangereuse : certaines images sont en effet de véritables pousse-au-crime. » (KOTEK, 2005, 19) Jean Plantu, caricaturiste français au Monde et à L’Express, citait et commentait Pierre Desproges, dans un article du Monde du 12 mai 2005, qui disait : « On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui ». « Cette phrase me plaît énormément car il faut toujours faire attention de bien présenter son message en fonction de la personne qui l'écoute. » (Monde, 12.05.04) Jean Plantu pense donc pour sa part qu’il faut imposer de sérieuses limites à la liberté d’expression, il tient par ailleurs compte du public auquel il s’adresse. Ainsi, par exemple, il ne dessinera pas un terroriste de la même manière selon qu’il se trouve dans un pays a majorité musulmane ou à majorité chrétienne.


Il sera aussi question, dans cette étude, de s’interroger sur le statut du dessinateur de presse, sur la manière dont il est perçu par le public et par l’ensemble de la communauté journalistique ou même de la manière dont il se perçoit lui-même. Plantu, par exemple, revendique le statut de véritable journaliste au sein de la rédaction du Monde. Il semble qu’aujourd’hui, le caricaturiste n’appartienne ni à la communauté journalistique, ni à la communauté artistique. Pourtant il reste crédible auprès d’un public avide de croquis satirique.


Avec l’affaire des caricatures de Mahomet, nous verrons aussi comment le « fait israélien » en vient toujours à être dénoncé, à travers les dessins de la presse arabe, mais aussi occidentale et ce dans le but de stigmatiser les Juifs dans leur ensemble. Les images véhiculées dans ces dessins relèvent presque toujours de clichés et se répètent inlassablement. Ainsi, il existe ce que Marie-Anne Matard-Bonucci appelle des « antisémythes » et que Joël et Dan Kotek reprennent dans leur ouvrage. Les « antisémythes » c'est-à-dire des mythes, des accusations, des réquisitoires à l’encontre des Juifs, sont le plus souvent d’origine médiévale et ils se traduisent en images fortes et choquantes. Ils sont principalement le fruit de stéréotypes antisémites. « Les clichés les plus connus sont ceux du Juif déicide, du Juif tueur d’enfant et enfin du Juif vampire. » (KOTEK, 2005, 164). Et d’ajouter : « Dans le conflit qui déchire aujourd’hui le Proche-Orient, la caricature apparaît ainsi comme un relais essentiel. La guerre ouverte qui oppose sur le terrain Israéliens et Palestiniens au moyen de fusils d’assaut, de missiles et de voitures piégées se double d’une lutte, moins médiatisée mais d’une violence non moins grande, à coups de crayons, d’encre de Chine et de mots assassins. Ce sont les Israéliens (et les Juifs) qui, sur le terrain particulier de la propagande, s’avèrent être les moins bien aguerris et les principales victimes. » (KOTEK, 2005, 21) Si le dessin de presse et la caricature permettent de secouer les imaginations et sont souvent plus efficaces que les discours, il faudra également se demander quelles sont les limites qu’il faut y associer.


Je concentrerai davantage mon étude sur les limites de la liberté d’expression dans le dessin de presse, en revenant fréquemment sur la polémique autour des cartoons de Mahomet qui servira, en quelque sorte, de point de repère, et en expliquant le rôle des acteurs concernés, comme les dessinateurs danois impliqués mais aussi celui des cartoonistes internationaux qui ont exploité cette affaire. Je retracerai une brève perspective historique autour de ces grandes questions. A partir de l’affaire des caricatures de Mahomet, je décrirai les enjeux plus généraux tels la censure, l’autocensure et le droit de caricaturer.


Ce travail se divisera en deux grandes parties. Tout d’abord une section « théorique » où l’on définira le statut du cartooniste dans la société actuelle, le rôle démocratique qu’il joue, les limites à sa liberté d’expression et ensuite une section plus « pratique », où on analysera de manière concrète l’une des plus grande affaires contemporaines qui a impliqué directement le dessin de presse et la liberté d’expression : l’affaire des caricatures de Mahomet. Il faut souligner le rôle d’Internet, qui est prépondérant dans la diffusion des caricatures. Les images les plus marquantes se répandent comme une traînée de poudre et ce d’autant plus que notre monde est devenu un véritable village planétaire.
Il est à préciser qu’au cours de cette étude, nous emploierons les termes de « dessinateur politique », « cartooniste » ou « caricaturiste » sans distinction particulière.

***


Chapitre 1. Concepts généraux

§1. Définitions de la caricature et du caricaturiste

Le dessinateur de presse utilise l’art de la caricature de manière permanente. « « Caricature » est la francisation du mot italien « caricatura », lequel dérive lui-même du verbe latin « carricare », « charger ». Le caricaturiste est celui qui charge sa victime » (KOTEK, 2005, 18) La caricature « charge » donc, elle agresse. Souvent, le dessin de presse est caustique, il va droit au but. Plus accessible que le texte, la force de la caricature réside dans le fait qu’elle est perçue instantanément et demeure gravée dans la mémoire de celui qui la décrypte. « La charge est un dessin qui vise l’expression plus que la beauté ou la ressemblance, mais qui resta un divertissement d’atelier jusqu’au moment où la presse put lui assurer une diffusion inespérée. Il n’est donc pas étonnant que le développement de la caricature ait coïncidé avec celui des journaux au XIXe siècle. » (LETHEVE, 1986, 5). Le but d'une caricature est de « charger »les traits principaux du visage. Il ne s'agit pas d'enlaidir ou de déformer l'aspect d'une personne, comme certains le pensent, mais bien d'en accentuer les caractéristiques.


La caricature n’a pas vraiment de valeur objective. Elle peut souvent être perspicace mais n’a jamais valeur de vérité. Les caricatures de Mahomet, par exemple, furent prises au premier degré par les musulmans, ce qui causa nombre d’émeutes et coûta la vie à des dizaines de personnes. Ainsi, Joël et Dan Kotek affirmaient déjà cette ambiguïté dans leur dernier livre : « Cruelle la caricature ? Certes. Mettre en évidence, exagérer, exaspérer : voilà tout à la fois sa nature et sa fonction. Ce faisant, elle prend position et s’engage. Son étymologie, déjà témoigne du manque de neutralité et de la légèreté qui lui est coutumière ». (KOTEK, 2005, 18)


D’un point de vue plus formel, le mot « caricature » exprime plusieurs choses : 1. Dessin, peinture donnant de quelqu’un une image déformée de façon significative, outrée, burlesque. 2. Description comique ou satirique d’une personne, d’une société. 3. Représentation infidèle d’une réalité. (Définition tirée du Petit Larousse, 2005) Souvent, les dessinateurs de presse ont été tiraillés entre une vocation artistique et une vocation purement journalistique. C’est le cas par exemple de Serguei, dessinateur au Monde et que Plantu définit de la sorte : « Sergueï est un poète de l'arithmétique. On croit entrer dans une démonstration froide de la vie politique, mais quand on veut bien se laisser entraîner dans son monde personnel, on se rend vite compte que l'on surfe sur une poésie onirique. » (Monde, 12.05.04) Aujourd’hui, les dessinateurs de presse revendiquent de plus en plus souvent le rôle de journaliste. Nous le verrons plus loin dans cette étude, à travers l’interprétation des témoignages de grands noms du dessin de presse. Comme le rappelle Jacques Lethève[1], dans son livre La caricature sous la IIIe République, le caricaturiste veut faire rire et donc, en plus d’être un artiste et un journaliste, il est aussi humoriste et son public représente son premier gagne pain. « Le caricaturiste cherche à indigner ou à faire rire ; c’est pourquoi, moins que tout autre artiste, il ne saurait se passer du public. » (LETHEVE, 1986, 5) Dans un quotidien, le décodage du dessin de presse appartient au 1er niveau de lecture.


On dénombre plusieurs paradoxes propres au dessin satirique, ceux-ci se marquent surtout au niveau de la forme par rapport au contenu. La grande simplicité des traits, le croquis primitif contraste ainsi avec la subtilité et la finesse de l’idée ou du message transmis. La mise en forme dégage une certaine gaieté ou se marque plus ou moins fortement la dimension humoristique et qui rappelle le monde de l’enfance. Cette vision s’oppose tout à fait à l’austérité du message communiqué, qui, elle, par ses références politiques et ses allusions historiques n’est pas sans rappeler le monde des adultes. Par ailleurs, le cartoon possède une dimension artistique, par sa recherche graphique et esthétique, tandis que l’idée qu’il dégage tient plus de l’engagement journalistique. Cet engagement peut inciter le lecteur a se sentir exclu, tant le parti pris du cartooniste est fort, alors que la facilité apparente du tracé et des lignes du dessin, qui semble souvent inachevé peuvent rendre le cartoon plus accessible. Un autre paradoxe réside dans le caractère très officieux du cartoon, qui paraît être réalisé sur un coin de table, ce qui lui donne un côté amusant et attractif, qui s’oppose au caractère didactique de ce même dessin de presse, qui est là pour condenser et transmettre une série d’information, dans un minimum d’espace.


§2. Bref historique de la caricature et du dessin de presse

« L’histoire de la caricature est un genre complexe. Il relève de l’esthétique car les grands courants artistiques marquent l’évolution du dessin satirique. Il relève aussi de l’histoire des mœurs, car le dessin satirique les illustre plaisamment ou les transpose selon la vision déformatrice de l’artiste. En dehors de quelques thèmes appartenant au fonds commun de l’humanité chaque époque s’amuse ou s’indigne pour des raisons différentes, si bien qu’on doit tenir compte d’une certaine évolution de l’esprit. Il touche enfin à l’histoire de l’opinion, car partie intégrante d’un journal, la caricature en suit les fluctuations. » (LETHEVE, 1986, 6)


C’est dans les églises qu’apparaissent des peintures et des sculptures symbolisant et stigmatisant les mauvais instincts et les vices de l’homme. Diables, renards, truies, singes, porcs, ânes, sont les acteurs de cette imagerie, issus plus de la tradition de la farce moyenâgeuse intégrée par un catholicisme populaire, que d’un véritable esprit de satire. Le premier dessinateur à pratiquer la caricature professionnellement fut certainement Pier Leone Ghezzi (1674-1755) qui vendait librement ses dessins à Rome. Léonard de Vinci pratiquait une forme de dessin que l'on pourrait apparenter à de la caricature, par sa vision du "laid", et par des études sur l'expressivité et les muscles du visage. Mais, dès la fin du XVIIIème et cela pendant tout le XIXème (c'est-à-dire sous l'Empire et la Restauration), cette forme d'art connut son âge d'or et de nombreux journaux satiriques naquirent et se fixèrent le but de ridiculiser les chefs d'Etat de l'époque, en particulier en France et en Angleterre. Le dessin devint alors un élément très important des journaux de l'époque.


Pour Jean Noël Jeanneney, historien et président de la Bibliothèque nationale de France, « la première profusion de caricatures date de la fin de l'Ancien Régime, de la Révolution et de l'Empire. Elles étaient marquées d'une brutalité qui nous stupéfie aujourd'hui. La loi de juillet 1881 avait instauré une liberté de la presse sans égale en Europe. Les dessins publiés dans les journaux anticléricaux portaient une force expressive, une ironie, une imagination dans la dérision, une violence qui nous laissent pantois aujourd’hui ». Jean Noël Jeanneney affirme néanmoins qu’il existait certaines limites : « Les recueils de caricatures de la IIIe, tout cruel que soit le crayon de ces artistes envers l'Eglise, n'utilisent guère l'image du Christ au service de leur combat. Ou alors c'est de façon allusive et plutôt pour mettre les prêtres en contradiction avec leur Dieu. Tout cela baigne dans une religiosité qui a marqué les artistes les plus anticléricaux. Nous supporterions difficilement, à présent, sauf dans quelques feuilles marginales, une telle virulence. Mais c'est parce que l'indifférence domine notre société et que, du coup, on hésite à froisser des consciences dont les convictions ne menacent plus du tout, comme le faisaient, voici un siècle, les forces contre-révolutionnaires, la liberté de l'esprit. Celle-ci n'a plus besoin, pour se défendre, de forcer le trait.» (Nouvelobs, 09.02.06)

« Si les journaux de dessinateurs ont du mal à exister, cela ne veut pas dire que le dessin a disparu en France. Il s’est adapté à la crise de la presse en se dispersant dans les divers titres qui ont bien voulu l’accueillir. Un rapide survol de la presse d’aujourd’hui, permet de constater que le dessin satirique est encore vivant. » (FORCADELL, 1989, 62) C’est ce que l’on constate lorsque l’on voit un Charlie Hebdo, quotidien satirique français, ne se fixer aucune limite aux dessins qu’il publie, et cette tendance s’est accentuée avec l’arrivée de Philippe Val à la tête du canard. Aujourd’hui, la caricature est devenue un art presque indispensable dans nos sociétés démocratiques, tant il symbolise la liberté d'expression, le droit à la critique et à la satire. La caricature est même devenue banale dans certaines sociétés modernes. Ainsi, un certain Chapatte[2], se plaint-il fréquemment du manque de réaction des lecteurs : « Il y a vingt ans, on était sûr de susciter des réactions en touchant à l'armée, la religion ou tout autre grand tabou. Aujourd'hui, le lendemain d'un dessin, c'est plutôt le calme plat... Les gens sont maintenant habitués à la provocation: la politique l'a intégrée à un point tel qu'à côté, les caricatures paraissent bien sages. J'aimerais parfois que le dialogue soit plus vif» concède-t-il (Nouvelobs, 26.10.04). François Forcadell, abonde dans le même sens : « Le dessin agace, irrite mais ne choque plus. Il le peut d’autant moins que les derniers supports où il a trouvé refuge sont les grands titres de la presse nationale ou régionale. L’avantage, c’est qu’il touche un grand public, l’inconvénient, c’est que le dessinateur doit parfois retenir sa plume. Les dessins détonnent par rapport au texte qu’il côtoient, mais de moins en moins par leur contenu.» (Forcadell, 1989, 88)


§3. Différences entre le dessin et la photo

Le dessin de presse est à la jonction de la photo et du texte, par sa force iconographique, il appelle la réaction des sens, l’émotion, tout en incitant à l’activité cognitive. Il est l’intermédiaire entre les mots (l’article écrit) et les images (la télé). Le dessin de presse est lié au magique, il engendre un émoi collectif et joue un rôle d’exutoire, de catharsis. Il est impertinent et pertinent à la fois. Il agit comme un coup de poing. Il peut inclure sur une même surface davantage d’éléments symboliques et d’idées que ne le fait la photo, en rapprochant des événements éloignés dans le temps et dans l’espace. Il crée des liens de causes à effet. Il crée du sens à la demande et dans un délai plus court que ne le font la photo ou le texte[3]. Par le « contre pouvoir » qu’il exerce, le cartoon tend parfois à transformer le réel. Il n’atteint pas la même « objectivité » que la photo et demeure bien souvent une « distorsion » de celle- ci. Il tombe parfois dans l’exagération, le cliché[4]. Mais cette utilisation du stéréotype est également l’une des caractéristiques qui fait tout le charme du cartoon… Passé un certain délai, le pouvoir corrosif d’un dessin s’émousse. Quand le climat passionnel entourant un incident passe, le public encaisse le dessin plus facilement. Il est à préciser qu’un bon cartoon gardera son pouvoir d’évocation à travers le temps. Il préservera un message qui en fera une sorte d’allégorie représentative de ce qu’il décrit. Comme le résume François Forcadell, « Le dessin est un moyen d’expression, au même titre que l’écriture ou la photographie. Son originalité tient aux ingrédients qu’il utilise, l’humour, la virtuosité du trait. » (Forcadell, 1989, 88)

§4. Le pouvoir du dessin de presse

Selon François Forcadell, on peut constater que les grandes époques du dessin ont toujours coïncidé avec de grands mouvements politiques, sociaux ou culturels. Le dessin nous en propose une vision non officielle, moins respectueuse, qui pondère souvent une vision par trop figée qu’en a gardé l’Histoire. Comme le rappelle Joel et Dan Kotek, le dessin de presse a ses caractéristiques propres et bénéficie du fait que nous vivons dans une société de l’image : « (…) la caricature n’est pas une source documentaire parmi d’autres : elle doit d’être étudiée pour elle-même et elle gagne à être envisagée en tant qu’objet de recherche à part entière. L’heure de l’indifférence des historiens pour les images dites fixes (dessin de presse, affiche, photographie, peinture, bande dessinée, carte postale) a sonné. Dans un monde marqué avant tout par l’image, la caricature est devenue un des moyens de communication les plus populaires et les plus efficaces. Aujourd’hui, un dessin de Plantu, de Kroll ou de Chapatte pèse incontestablement autant dans la formation de l’opinion publique qu’un traditionnel éditorial, si ce n’est davantage. Napoléon disait déjà qu’un bon croquis valait mieux qu’un long discours. De là, le succès actuel de la caricature à travers laquelle une situation ou un homme liés à l’actualité la plus brûlante peuvent être dénoncés ou moqués sur le vif avec un effet garanti (…). Il suffit de quelques traits de crayon, parfois des plus sommaires, et de très peu de mots, et le message est passé. Pour faire mouche, le caricaturiste ne recule devant rien, gonflant, parfois, le moindre défaut jusqu’à la démesure. » (KOTEK, 2005, 18) Cette élaboration sert à traduire une idée, une opinion, à communiquer un message ou susciter une réflexion chez les lecteurs. Forcadell, insiste sur le fait que le dessin politique est rarement neutre. Sans prendre parti, le dessin est souvent amené, pour analyser une situation, à utiliser des raccourcis et des schémas simplificateurs qui renforcent le manichéisme du dessin. Selon lui, il n’existe aucune recette, aucune formation spécifique permettant de faire ce métier et la plupart de ceux qui l’exercent sont autodidactes.
« Le talent de chacun, la perspicacité, le sens politique permettent ensuite de faire un tri parmi la masse d’informations quotidiennes et de restituer une opinion ou une vision originale de l’événement à travers une idée. » (Forcadell, 1989, 8) Forcadell va même jusqu’à comparer la fabrication d’un dessin de presse à l’écriture d’un article : « La conception d’un dessin peut être comparée à l’écriture d’une phrase. Le choix des mots, leur nombre, la force du verbe, la richesse du vocabulaire, peuvent faire de cette phrase un messager clair et compréhensible – ou non. » (Forcadell, 1989, 8) Au niveau de la qualité du dessin de presse, on peut soutenir que les meilleurs dessins sont ceux qui utilisent un minimum de moyen avec un maximum de lisibilité. Les dessins sans légendes créent souvent des images universelles. L’écriture graphique parle d’elle-même.


§5. Le dessinateur de presse est-il un journaliste?
Comment définir le dessinateur politique ? Peut-on le comparer à un éditorialiste, un humoriste, un caricaturiste, un pamphlétaire ou encore un journaliste, voire un artiste ? Sans doute est-il tout à la fois. L’ambiguïté demeure. Par son rôle et par la liberté que lui accorde le journal, le dessinateur satirique est un peu le « bouffon du roi » au sein de sa rédaction et dans la société dans laquelle il vit, mais outre ce rôle de clown, il exerce également une influence politique. Comme suggéré un peu plus haut, le caricaturiste est souvent comparé à un éditorialiste qui transforme ses propos en métaphores visuelles. Si on peut le considérer comme un journaliste semblable aux autres, la question est de savoir où s’arrête son rôle d’énonciation et de dénonciation ? François Forcadell, dans son ouvrage Le guide du dessin de presse. Histoire de la caricature politique, cite le dessinateur Chimulus : « Un dessinateur politique est un journaliste, seuls ceux qui datent leurs œuvres pensent être des artistes. » (Forcadell, 1989, 74) Cette phrase ironique résume bien toute l’ambivalence autour de l’identité du dessinateur politique. Le dessinateur de presse a toujours été tiraillé entre le statut d’artiste, d’humoriste ou de journaliste. Ce tiraillement est dû notamment à l’évolution des supports médiatiques, remettant à chaque fois en question l’identité du cartooniste. « A l’époque, le dessin n’a pas encore à subir la concurrence étouffante qu’il connaîtra plus tard avec l’arrivée de la photo, du cinéma, de la télévision. L’abondance de ces nouvelles images obligera les dessinateurs à se définir plus originalement par rapport à elles. Mais cette ambiguïté a desservi une profession dont la définition est toujours assez floue : artiste ? Humoriste ? » (Forcadell, 1989, 74) Il est certain que dans une rédaction, le dessinateur a un statut à part. Sans spécialité, et susceptible de s’intéresser à tous les sujets, il n’est rattaché à aucune rubrique en particulier et dépend en général du rédacteur en chef. Aujourd’hui, la plupart se définissent comme de véritables journalistes, voire des éditorialistes, comme Plantu qui n’hésite pas à revendiquer son travail journalistique. Cela rend plus légitime ses prises de position.

Mais les cartoonistes sont rarement neutres ou objectifs. Cela influe fortement sur le degré de liberté d’expression qu’ils se permettent et sur le statut de journalistes qu’ils veulent obtenir. « Le dessinateur continue à être ballotté entre les contraintes journalistiques et ses envies de créations artistiques. Certains ont choisi le journalisme avec ses restrictions esthétiques, conciliant l’éphémère de l’actualité et leur volonté d’expression graphique. » (Forcadell, 1989, 76). Ainsi Plantu, qui défend le rôle journalistique du cartooniste, entend néanmoins établir une distinction entre les deux disciplines. « En tant que caricaturiste, tout ce que je fais est exagéré, et il se trouve que je suis un dessinateur qui se prend pour un journaliste. Aujourd'hui, le problème des médias est que les journalistes, de plus en plus souvent, se prennent pour des caricaturistes. C'est la raison pour laquelle je trouve intéressant de faire la part des choses entre ce que je raconte moi, citoyen dessinateur, et ce qu'écrivent les rédacteurs. Je trouve que les deux travaux sont complémentaires. Je ne dois pas me prendre pour un rédacteur car les infos sont réellement dans l'éditorial ; et les rédacteurs ne doivent surtout pas se prendre pour des caricaturistes, ce qui perturberait terriblement la perception de l'actualité. » (Monde, 12.05.04)

François Forcadell établit une analyse du statut du caricaturiste : « Le réflexe du journaliste est indispensable au dessinateur de presse. Mais pas suffisant. On lui demande en plus l’humour, l’insolence, l’habilité graphique, pour ne rien dire de l’imagination. Suggérer, indiquer, pratiquer l’allusion à plusieurs niveaux est son lot quotidien. Il est l’homme qui doit dire le plus dans le moins de place possible. » (Forcadell, 1989, 6) Pierre Kroll, dessinateur de presse au journal Le Soir a aussi son avis sur la question : « Il n’y a jamais eu d’école de « cartoonisme » et pourtant l’on trouve d’excellents cartoonistes en Belgique, par contre, depuis qu’il existe des écoles de journalisme, les journalistes sont de moins en moins compétents » (Pierre Kroll, conférence à l’UCL sur les « forces et limites du dessin de presse », le 30 septembre 2005). Avec un sens de l’humour acerbe, Kroll critique sans doute le formatage d’esprit que l’on trouve dans certains établissements où l’on forme à la « communication », il affirme implicitement que la pratique du dessin de presse reste une activité qui s’apprend en autodidacte. Kroll est lui même devenu dessinateur satirique par un concours de circonstance[5]. Le caricaturiste acquiert l’expérience journalistique par la force des choses. Il faudrait plutôt le voir comme un éditorialiste, car sa vision est partiale, engagée et reflète l’opinion de la rédaction.


Plantu, de son côté, a plusieurs fois plaidé pour la création d’un journal où toute l’actualité serait croquée en défendant le côté journaliste du caricaturiste : « Nous vivons dans une dictature de metteurs en scène artistiques, d’images télévisées, et de photos, dans une dictature de clichés et d’images. Je voudrais faire de la caricature une force journalistique. Je suis exactement à une frontière : les journalistes et les médias sont de plus en plus caricaturaux et j’aimerais rêver que les dessins de presse deviennent de plus en plus journalistiques. » (Grain de sable, 1999, 9) Michel Kichka, dessinateur de presse israélien ne revendique pas, contrairement à Plantu, le statut de journaliste, il affirmait lors d’une interview réalisée le 2 février 2002 à New York par Joël Kotek : « Un caricaturiste n’est pas un journaliste. Il n’est pas tenu au devoir d’objectivité. Il peut, il doit même exprimer des opinions. » Comme il exprime des engagements, le cartooniste se présente plus comme un éditorialiste que comme un journaliste. Le même Kischka explique alors : « Un dessinateur de presse est un éditorialiste qui se sert de sa plume pour écrire des articles » (27 avril 2003, Michel Kichka, cartooniste israélien, dans l’émission Kiosque de TV5.)

Quoi qu’il en soit, entre le dessinateur de presse et son journal, il y a une entente bien heureuse où chacune des deux parties tirent profit l’une de l’autre. « Le caricaturiste fut heureux de confier son œuvre au journal, capable de multiplier son dessin et de lui amener la connivence du lecteur. Et le journal, de son côté, y gagna en agrément et même parfois en influence, car la caricature éclaire et souvent renforce son action sur l’opinion. » (LETHEVE, 1986, 5)


§6. Espace de liberté du cartooniste

La caricature est un art surveillé depuis toujours et dans tous les pays, car elle remet constamment en cause le pouvoir des puissants. La caricature est une discipline qui nécessite un minimum de liberté pour exister. Le cadre qui lui sied le mieux est celui de l’espace public démocratique. Comme elle est potentiellement dangereuse pour ceux qui ont du pouvoir, la caricature est fortement contrôlée dans les Etats non démocratiques. C’est ce que nous disent, en substance, Joël et Dan Kotek : « De la lointaine Asie à l’immense Afrique, en passant Proche-Orient, rares sont les caricaturistes qui peuvent exercer librement leur mission, (…) sous un régime dictatorial, elles manquent à la plupart des objectifs qui leur sont théoriquement assignés : servir de poil à gratter au pouvoir en place, bousculer les puissants, faire trembler les escrocs, les hypocrites, les profiteurs, montrer du doigt les incapables ou les snobs. La force d’un Plantu est de s’attaquer, le plus souvent avec humour, aussi bien à Poutine ou à Sharon qu’à Jacques Chirac ou à Lionel Jospin. » (KOTEK, 2005, 46)
Comme le précise François Forcadell, les dessinateurs de presse « font attention de ne pas choquer des catégories sociales trop déterminées. Cette contrainte est aussi celle du journalisme, et journalistes, les dessinateurs le sont à part entière. Juridiquement et professionnellement. » (Forcadell, 1989, 88) « Le propre du courage en caricature n’est-il pas de prendre les siens pour cible principale ? » (KOTEK, 2005, 46) Kroll a lui-même affirmé lors d’une conférence sur les forces et limites du dessin de presse organisée à l’UCL le 30 septembre 2005: « Il est plus difficile mais plus légitime de caricaturer son propre gouvernement que le gouvernement d’un autre pays. » Dans la même idée, Michel Kichka, grand caricaturiste israélien précise, lors d’une interview réalisée le 2 février 2002 à New York par Joël Kotek, qu’il préfère s’en prendre à son propre gouvernement, sans faire aucun cadeau à ce dernier: « A l’époque des gouvernements Netanyahou et Barak, je n’ai pratiquement pas dessiné Yasser Arafat. En braquant les projecteurs sur Bibi (Netanyahou) et Barak, je voulais montrer que la balle était dans notre camp. Je ressens souvent le besoin de soutenir, d’attaquer ou encore d’ignorer une personnalité, mais en n’oubliant jamais que mon rôle est de critiquer le gouvernement en place. »

On remarque que de plus en plus de dessins de presse sont refusés ou du moins « retouchés » suite aux pressions des rédactions des quotidiens et magazines. Cela traduit sans doute le poids important de la « tendance » confessionnelle ou socio-économique du quotidien ou magazine en question qui exerce une censure indirecte (volontairement ou involontairement). Mais d’autres facteurs entrent en jeux. Il existe dans chaque région, dans chaque pays, des contextes politiques, économiques et culturels qui tendent à restreindre la liberté des cartoonistes en leur infligeant une autocensure qui privent souvent les lecteurs d’un point de vue, il est vrai subjectif, mais souvent pertinent et qui remet en question les autorités. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les dessinateurs de presse considèrent parfois l’autocensure comme une bénédiction, il s’agit principalement de leur inconscient surmoïque, de leurs propres interdits. Si elle est consentie et non imposée, cette autocensure permet aux dessinateurs de presse de retrouver des repères et de ne pas tomber dans l’ignoble ou le vulgaire.
Il faut souligner qu’on ne rit bien entendu pas des mêmes choses selon que l’on se trouve dans tel ou tel pays et selon la culture à laquelle on appartient. Une journaliste d’Amnesty International affirmait ainsi en 2003 ; « Si aucune censure ou presque n’existe dans la plupart des pays démocratiques, il existe une autocensure que nombre de dessinateurs revendiquent. Le dessin est fait pour lancer un pavé dans la mare, mais il s’inscrit dans un contexte journalistique et doit donc respecter le regard proposé aux lecteurs par ce journal. » (www.amnestyinternational.be, 02.04.03) Plantu, dans un article du Nouvelobs, paru le 7 février allait dans le même sens : « Observer des tabous, ce n’est pas forcément une régression. Ce n'est pas un pas en arrière pour la liberté d'expression, c'est un pas en avant pour l'intelligence. » (Nouvelobs, 07.02.06)
Plantu donnait l’exemple de dessinateurs en Egypte ou au Liban qui représentent les Israéliens avec un nez crochu. Le dessinateur pense qu’il faut éviter ce genre de représentations à connotation raciste. Il existe selon lui une « responsabilité journalistique du dessinateur de presse » et les « dérives » autour des caricatures de Mahomet, seraient l'occasion de défendre l'image politique imprimée et de réaffirmer la responsabilité journalistique du dessinateur. D’après lui, il n’y a pas de critiques pertinentes contre les dieux. On a bien vu comment certains pays en Europe ont pris la décision de publier les dessins incriminés, en en rajoutant d’autres parfois plus choquants encore (c’est le cas de la France dont les quotidiens France Dimanche et Charlie Hebdo n’ont pas hésité à montrer les 12 dessins en en republiant d’autres dans la même gamme). Contrairement à cela, les médias de certains pays sont restés plutôt discrets sur la question, comme en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.


***


Chapitre 2. Rétrospective sur l’affaire des caricatures de Mahomet[6]


§1. Douze caricatures dans le Jyllands Posten, le début d’une longue saga

Nous avons analysé les aspects théoriques entourant le métier et les libertés du dessinateur de presse, nous allons à présent analyser l’affaire des caricatures de Mahomet, un exemple où la liberté d’expression n’a pas été respectée. Avant de rendre compte des réactions des différents acteurs médiatiques et politiques, nous allons retracer dans ses grandes lignes les étapes qui ont jalonné l’affaire des caricatures Mahomet.

Le 30 septembre 2005, l'un des principaux journaux danois, Jyllands-Posten[7] publie les caricatures de Mahomet, qui ont été le point de départ d'une crise internationale d'une ampleur inconnue jusque là. A l'origine de l'affaire, un écrivain danois, Kaare Bluitgen, auteur d'un ouvrage pour enfant sur la vie du Prophète. Il se plaint, début septembre, de ne trouver aucun dessinateur osant illustrer son livre[8]. Il s'agit, selon lui, d'un des effets de l'assassinat du réalisateur néerlandais, Théo van Gogh. Effrayés, les artistes s'étaient tous autocensurés. Frappé par ce constat, le quotidien conservateur, Jyllands Posten, lance un appel à quarante dessinateurs danois, invités à envoyer des dessins de Mahomet, dans une totale liberté d’expression[9]. Seulement douze d'entre eux relèvent le défi. Leurs dessins sont publiés le 30 septembre 2005, sous le titre: «Les visages de Mahomet» et illustraient un article consacré à l'autocensure et à la liberté de la presse. Elles ont été reprises, mondialement pour la première fois, le 17 octobre 2005 par le journal égyptien Al Fajr. Le dessin le plus controversé présente le prophète avec une bombe dans son turban. La profession de foi des musulmans (le Chahada) est inscrite sur la bombe. (cfr. Annexes pour un aperçu des douze dessins incriminés.) Un quotidien finlandais, Magazinet republiera l’intégralité des caricatures.
Les premières protestations ne se font pas attendre. Le 14 octobre 2005, plusieurs milliers de musulmans protestent pour empêcher la publication de ces caricatures en estimant ces dessins provocants et arrogants. Mais l'affaire n'a encore qu'une dimension nationale. Onze ambassadeurs de pays musulmans demandent alors un entretien avec le premier ministre Anders Fogh Rasmussen. Celui-ci refuse catégoriquement de les rencontrer. Ce qui lui sera reproché plus tard par une partie de la presse danoise. Pour le rédacteur en chef Carsten Juste, cette affaire pose notamment la question de savoir en quoi un journal non musulman devrait se conformer aux interdits de cette religion.

Un des faits les plus importants : Une organisation nommée Société islamique du Danemark avait tenté d'attaquer le journal en justice. Après avoir été déboutée, elle charge l'imam Ahmad Abu Laban d'entreprendre une tournée de sensibilisation dans les capitales arabes, et lui demande d’ajouter trois dessins aux douze déjà publiés dans le Jyllands-Posten. Les trois dessins sont encore plus choquants et méprisants que les 12 caricatures initiales, tant à l’égard du prophète Mahomet qu’à l’égard des musulmans en général. Le premier montre Mahomet affublé d'un groin de porc. Le second qualifie Mahomet de pédophile faisant référence à Aïcha . Le troisième présente un mulsulman en prière monté par un chien. (cfr. l'annexe pour un aperçu et une description plus précis des trois dessins en question.) C'est après cette tournée que l'affaire prend une ampleur internationale.

Au début de la polémique, les journalistes refusent de présenter des excuses car ils estiment avoir exercé le droit fondamental à la satire et à la caricature qu'implique la liberté de la presse. La rédaction du Jyllands Posten va vivre dans la terreur pendant plusieurs semaines : Les rédacteurs en chef des deux journaux, Carsten Juste et Vebjoern Selbekk, reçoivent plusieurs menaces de mort. Carsten Juste est contraint d'embaucher des vigiles pour protéger sa rédaction qui est victime d'une alerte à la bombe le 31 janvier. Certains des dessinateurs sont mis sous protection policière. En ce qui concerne les réactions de la presse internationale, de nombreux journaux européens publient, soit en une, soit dans leurs pages intérieures les dessins incriminés au nom de la liberté de la presse. D'autres s'abstiennent de peur d’envenimer la crise entre, d’un côté, ceux qui défendent la liberté de presse et d’expression, et de l’autre, ceux qui défendent le respect des cultes et des images sacrées[10].

§2. Les réactions des différents organes de presse européens

Un grand nombre de périodiques européens publient les caricatures au lendemain du scandale provoqué par la publication du Jyllands Posten. Nous allons particulièrement insister sur les réactions de France Soir et de Charlie Hebdo, qui, dans une attitude offensive, ont fait de la publication des dessins incriminés un modèle idéal de liberté d’expression en Europe.


2.1. En France


2.1.1. France Soir


Ce journal est le premier à publier les dessins en France le 1er février 2006. Les éditions du 1er et du 2 février ont été tirées à 100 000 exemplaires chacune (25 % de plus que le tirage moyen). Raymond Lakah, l’homme d'affaires controversé franco-égyptien[11] propriétaire du quotidien, limoge Jacques Lefranc, président et directeur de la publication. Son remplaçant, Éric Fauveau, a lui-même démissionné le lendemain. Le jour même de sa publication, cet exemplaire de France Soir a été saisi par Rabat et Tunis et était introuvable en Algérie.
L'éditorialiste de France Soir écrit au sujet de la publication des caricatures : « Non, nous ne nous excuserons jamais d'être libres de parler, de penser, de croire ... Puisque ces docteurs autoproclamés de la foi en font une question de principe, il faut être ferme. Clamons-le autant qu'il le sera nécessaire, on a le droit de caricaturer Mahomet, Jésus, Bouddha, Yahvé et toutes les déclinaisons du théisme. Cela s'appelle la liberté d'expression dans un pays laïque » (France Soir 02.02.06, 1).
Dans l’article intitulé « Aux racines de la querelle entre le religieux et la République » de l’édition de France Soir du 2 février, c'est-à-dire au lendemain de la publication par France Soir des douze caricatures controversées, la journaliste Delphine Peras cite Michel Dixmier et Jacqueline Lalouette, auteur de La République et l’Eglise, images d’une querelle : « Les rares caricatures portées contre la religion musulmane dans le passé étaient en fait dirigées contre le régime turc en raison des atrocités commises sur les Arméniens. (…) La violence de certaines caricatures anti-catholiques et anti-chrétiennes n’a jamais eu d’équivalent pour les religions juives et musulmanes. D’abord en raison des souffrances subies par ces peuples, la Shoah et l’antisémitisme pour les juifs et le problème du Proche-Orient et la Palestine pour les musulmans. Qui plus est, avec l’Islam, on touche au tabou de l’image. (…) En 1881, la loi sur la presse en France, permet une véritable liberté d’expression. A partir de ce moment là, on peut librement attaquer les idées, mais pas les gens, or la religion relève du domaine des idées. » (France Soir 02.02.06, 4)

Pour légitimer la publication des douze caricatures de Mahomet, France Soir répondait à quelques questions en se complimentant d’avoir agi au nom de la liberté d’expression. Etrangement, France Soir prenait l’Iran comme exemple de pays ne respectant pas la liberté d’expression, pays dont un grand quotidien décidera, quelques jours plus tard, de mettre au défi les caricaturistes européens, en organisant un concours sur les limites de la liberté d’expression en Occident (cfr. Infra) : « Imagine-t-on une société où l’on additionnerait les interdits des différents cultes ? Que resterait-il de la liberté de penser, de parler et même d’aller et venir ? Ces sociétés là, nous les connaissons trop bien. C’est, par exemple, l’Iran des mollahs. Mais hier (le 1er février 2006, jour de la publications des cartoons de Mahomet), c’était la France de l’Inquisition, des bûchers, de la Saint-Barthélemy. La révolution est passée par là. Dans le feu et le fer, elle a séparé l’Etat de l’Eglise, la chose publique de la sphère privée. » (France Soir 02.02.06, 2) Et France Soir d’ajouter encore: « Entraînée par les islamistes, encouragée par les despotes régionaux, une partie du monde musulman a prétendu censurer les caricatures de la presse danoise. (…) Cela ne veut pas dire que nous approuvions le message de ces dessins. Nous faisons simplement nôtre la formule de Voltaire qui disait en substance ceci : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. » (France Soir 02.02.06, 2)

Dans un souci d’égalité et de proportionnalité, France Soir affirmait qu’il aurait agi de la même manière s’il s’était agi de caricatures du pape, de pasteur, de rabbins ou de tout autre figure religieuse. « La liberté d’expression n’est pas à géométrie variable. (…) La liberté d’expression ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas. Alors nous continuerons à en user. Au nom de la République et de ses valeurs. » (France Soir 02.02.06, 2) Et un journaliste à France Soir, d’affirmer ceci à propos de la liberté d’expression : « Le débat sur la liberté d’expression, le fait religieux et le droit à la caricature dépasse ici les simples pages d’un journal. » (France Soir 02.02.06, 3)
Concernant le droit à la caricature des différentes religions, un article paru dans Le Vif/L’Express le 10 février 2006 dédramatisait les caricatures de Mahomet, mais, contrairement au traitement qu’en faisait France Soir, s’inquiétait de l’effet nuisible que causent les caricatures racistes, comme les dessins de propagande antijuifs durant l’entre-deux-guerres, produits par les nazis : « Certes, les 12 dessins satiriques n’étaient pas faits pour plaire. Mais les plus durs d’entre eux visent moins Mahomet que les fanatiques qui se servent du Prophète comme d’une arme sanglante. Dans l’histoire des démocraties, qu’on le déplore ou non, toutes les religions ont été la cible des caricaturistes. » (Le Vif/l’Express, 10.02.06, 43) Et l’auteur de l’article de citer l’historienne Esther Benbassa : « Nos sociétés sont frappées d’amnésie. On connaît pourtant l’effet néfaste des caricatures contre les juifs, qui se sont multipliées dans l’entre-deux-guerres en Europe : elles ont nourri un imaginaire anti-juif qui a beaucoup joué dans la montée de l’antisémitisme. (…) Pourquoi faudrait-il éviter d’offenser les juifs et non les musulmans ? » (Le Vif/l’Express, 10.02.06, 43).


2.1.2. Charlie Hebdo[12]


L’hebdomadaire a publié le 8 février les caricatures de Mahomet « par solidarité et par principe », comme l'avait annoncé le directeur de la publication, Philippe Val, et après qu'une demande de saisie conservatoire en référé ait été déboutée. À la reproduction de ces caricatures, s'ajoute en première page une autre caricature de Cabu à côté du titre « Mahomet débordé par les intégristes », représentant Mahomet se prenant la tête entre les mains et déplorant : « C'est dur d'être aimé par des cons... ». Le Charlie Hebdo du mercredi 8 février 2006 a été écoulé en quelques heures seulement. L'initiative a valu à Charlie un triomphe : 160 000 exemplaires écoulés en quelques heures. Le journal procède alors à deux réimpressions et 400 000 exemplaires sont vendus, alors que le quotidien publie habituellement 100 000 numéros. Impossible, par exemple, d’acheter un Charlie Hebdo à Bruxelles, car toutes les librairies de la ville étaient en rupture de stock.

Des organisations telles que le Conseil français du culte musulman ont tenté une procédure en référé (en urgence) demandant la saisie de ce numéro du journal. L'affaire n'a pu être jugée sur le fond, les plaignants ayant été déboutés pour vice de forme. Philippe Val a souligné sa volonté de préserver la liberté de la presse et la liberté d’expression, en précisant dans une interview à Euronews diffusée dès le 9 février que si les citoyens des pays arabo-musulmans protestent actuellement contre les représentations controversées du prophète Mahomet dans les quotidiens occidentaux, ceux-ci n’ont pas bronché suite aux attaques terroristes du 11 septembre. Il dénonce en quelques sortes un deux poids deux mesures et une manipulation politique du problème.


Philippe Val, dans l’édition du 8 février écrivait un éditorial intitulé « Petit glossaire d’une semaine caricaturale » et donnait son interprétation des dessins de Mahomet : « Que les dessins qui ont déclenché le scandale ne soient pas très bons, c’est une chance. S’ils avaient été géniaux, on aurait entendu tous les esthètes défendre leur publication au nom de l’esthétique Là, au moins, les choses sont claires. Il ne s’agit pas s’agit pas de critiquer des œuvres, mais de défendre un principe. » (Charlie Hebdo, 08.02.06, 3) Concernant le dessin le plus controversé, celui avec la bombe dans le turban du prophète, Philippe Val indiquait : « Il est suffisamment faible pour être interprété n’importe comment par n’importe qui, et le crime est dans l’œil de celui qui regarde le dessin. Ce qu’il représente, ce n’est pas l’islam, mais la vision de l’islam et du prophète que s’en font les groupes terroristes musulmans. Ils prétendent que le prophète leur inspire des meurtres et des attentats. C’est leur propre vision du prophète qu’ils ne veulent pas voir représenté. » (Charlie Hebdo, 08.02.06, 3)
Le directeur de Charlie Hebdo livrait également un avis tranché concernant la liberté d’expression : « C’est toujours pareil. La liberté d’expression est sans cesse menacée par ceux qui ne veulent pas voir exposer leur propre enfer intérieur. (…) A chacun son prophète et son dieu, condamnés à cohabiter avec toute la diversité des mentalités humaines. Pour les hommes tolérants et bons, Dieu et son prophète sont bons et tolérants, pour les hommes de haine et de cruauté, Dieu et son prophète sont guerre et assassinat. » (Charlie Hebdo, 08.02.06, 3) Cette dernière citation est radicale et correspond bien à la philosophie de Charlie hebdo, mais ce genre de propos divise davantage les peuples et les cultures plutôt qu’il ne les rapproche. Dans le même article, Philippe Val déclarait à propos de la liberté d’expression : « Si elle est un fait dans les Etats de droit, elle n’en est pas moins réglementée par le législateur. La diffamation, le racisme, l’insulte aux personnes, relèvent des tribunaux de la République. Libre à nous de faire évoluer le champ de cette liberté, mais c’est à nos risques et périls. A Charlie, nous avons eu, avec les extrémistes chrétiens, de nombreux procès que nous avons gagnés, et qui désormais, font partie de la jurisprudence en vigueur dans les tribunaux. Précision capitale : les lois qui encadrent cette liberté protègent des personnes et non des mythes. » (Charlie Hebdo, 08.02.06, 3) Philippe Val déclare ici qu’il est libre aux journaux de publier ce qu’ils veulent et d’outre passer les limites du tolérable, tant que la justice ne leur tombe pas dessus. Par ailleurs, il affirme que l’on peut critiquer toutes les idéologies, comme les religions, mais pas les individus qui croient en ces mêmes religions.

Plusieurs critiques s’élèvent contre les tendances et les propos extrêmes Philippe Val. Certains, par exemple, reprochent au chansonnier Philippe Val devenu patron de presse d'être trop autoritaire, de gérer le journal avec une politique trop capitaliste et, entre autres choses, de s'être séparé un peu rapidement des journalistes qui ne lui plaisaient pas. Ainsi un lecteur et ex-admirateur de Charlie Hebdo se plaignait-il dans un récent article (avant, néanmoins, que Philippe Val ne publie les douze caricatures) intitulé: « Mais qu’est-il arrivé à Philippe Val ? », donnant un avis caustique mais néanmoins pertinent sur l’évolution de l’hebdomadaire lors d’un forum organisé par le journal en ligne alternatif www.bellacio.org : « Charlie Hebdo. C’était un journal résolument engagé à gauche qui luttait pour l’écologie, l’internationalisme, la paix, la Libre Pensée et contre le racisme. Tout cela dans un esprit joyeux et ludique, très rafraîchissant. Le Charlie de l’époque tirait sur tous les intellos de pacotille qui servent la bouillie de la pensée unique. (…) Mais Charlie est devenu un journal islamophobe et, je trouve, à la limite du racisme. Val dénonce le MRAP et la Ligue des Droits de l’Homme, accusés de faire le jeu des barbus. » Et en remettant en question l’indépendance journalistique de Philippe Val, le lecteur soulignait : « Val fait dorénavant partie du cénacle médiatique, on peut l’entendre sur France-Inter, il intervient sur france-culture et sur france 2. » (Bellaciao, 09/01/06)


Dans le Charlie hebdo du 8 février, Tewfik Allal, représentant de l’AML[13], livrait dans un article intitulé « Pour la liberté d’expression » un point de vue engagé, visant à défendre la liberté d’expression. « Cette remise en cause de la liberté d’expression, orchestrée quatre mois après les faits, vise à empêcher toute liberté de pensée d’artistes, d’intellectuels, toute critique de la religion, dans une surenchère sur fond de victoire électorale du Hamas en Palestine, et des positions du gouvernement iranien. » (Charlie Hebdo, 08/02/06, 2) Tewfik Allal critiquait en outre le projet de l’Organisation de la conférence islamique et de la Ligue arabe visant à faire adopter par l’ONU un cadre légal pour pénaliser les atteintes aux religions, quelles qu’elles soient : « L’actuel projet de l’Organisation de la conférence islamique et de la Ligue arabe demandant à l’Onu d’adopter une résolution interdisant les atteintes aux religions - qui rencontrera, à coup sûr, la plus grande sympathie chez certains groupes chrétiens et juifs – est une remise en cause d’un acquis européen dont nous avons besoin plus que jamais, celui de la liberté de penser, indissociable de la liberté de conscience, du droit à l’athéisme, et au blasphème. D’autres « communautés » - juives, chrétiennes, - se sont, elles aussi, senti insultées par tel ou tel texte, dessin, discours, mais elles ont réagi devant les tribunaux. » (Charlie Hebdo, 08.02.06, 2)

Cavanna, figure illustre du journal satirique, affirmait dans un article ayant pour titre « Chasse Dieu à coups de pied, il revient enturbanné ! » qu’il ne pouvait y avoir aucune exception à la liberté d’expression : « Donc, nous en sommes là, on peut rire de tout, sauf d’une seule chose : l’image d’un certain prophète fondateur d’une certaine religion. « on peut rire de tout sauf… Dans cette phrase, « sauf » prime « tout ». Là où il y a « sauf », il n’y as plus rien. La liberté doit être totale ou n’être pas. » (Charlie Hebdo, 08.02.06, 10)


A côté de cet article se trouvait un cartoon de Wolinski qui caricaturait les trois grands monothéismes: le judaïsme, le christianisme et l’islam. On voyait trois personnages ombrés dont on ne distinguait rien des visages, assis derrière une grande table l’un à côté de l’autre et ayant chacun devant eux un petit panneau précisant qu’il s’agissait, à gauche, du dieu juif, au milieu, du dieu chrétien, et à droite, du dieu musulman. Wolinski faisait ironiser les dieux sur les hommes et terminait son cartoon en faisant s’interroger le dieu juif : « Pourquoi s’indigner lorsque les caricaturistes se moquent de nous ? Puisque nous sommes depuis la nuit des temps des caricatures. » Le dieu chrétien, quant à lui, demandait : « Pourquoi se déchaîner contre ceux qui nous caricaturent, puisque nous sommes sempiternellement des caricatures. » Et le dieu musulman de finir : « Les hommes sont sérieux, mais nous, les dieux, nous sommes des caricatures. » (Charlie Hebdo, 08.02.06, 10)


Dans la même idée, Antonio Fischetti, docteur ès science en physique, et journaliste de la revue Charlie Hebdo, s’interrogeait, dans l’édition du 8 février 2006, sur la portée sémantique et l’impact des images représentant les caricatures de Mahomet : « La réalité d’un prophète, c’est quoi ? Que dalle. Il n’y a aucun lien objectif entre le dessin et son modèle. Si le journal danois avait accompagné ses caricatures de la légende « ceci n’est pas Mahomet », les islamistes auraient-ils été choqués ? Ma préoccupation est donc la suivante : quels sont les critères permettant d’affirmer qu’une image est, ou n’est pas, l’image d’un prophète ? (…) On s’énerve beaucoup à propos du dessin, alors qu’en tant que tel il n’est rien, et que c’est surtout sa légende ou son contexte qui importent. » (Charlie Hebdo, 08.02.06, 5)

A propos du pouvoir de l’image et de la caricature par rapport à la religion, Joseph Maggiori, directeur artistique du Vif/l’Express déclarait dans L’édition du 10 février 2006 : « La caricature ne prétend pas informer, ou décrire une réalité. Elle exprime une opinion. (…) En ce sens, une caricature ne représente pas le prophète, mais exprime le point de vue du dessinateur sur l’islam et l’islamisme. Ce point de vue peut être discuté. » (Le Vif/l’Express, 10.02.06, 48) Joseph Maggiori expliquait brièvement l’évolution de la perception des images au cours de l’histoire de la caricature : « Depuis toujours les religions ont utilisé les images, pour leur force et leur facilité d’appréhension. La confusion régnait entre la représentation du mythe et la réalité. Le spectateur était censé croire ce qu’il voyait. Aujourd’hui, dans nos sociétés, la perception des images est différenciée : on ne regarde pas une affiche publicitaire comme on regarde une carte de géographie. On sait relativiser les messages, distinguer les niveaux de discours, de l’image. Dans la caricature, les codes graphiques eux-mêmes (grossissement des traits, exagération, apposition de signes contradictoires…) soulignent le parti pris. » (Le Vif/l’Express, 10.02.06, 48) Et Joseph Maggiori de rappeler que le caricaturiste dispose d’une liberté totale tant qu’il n’incite pas à la haine, par exemple : « Il est toujours possible de répondre à une caricature par une autre ; à une opinion, à une analyse, à une critique par une autre. La caricature ne respecte rien. C’est son droit, encadré par la loi, qui le limite dès lors qu’il s’agit d’incitation à la haine, de racisme ou de sexisme. Ici, on a la liberté de choquer. » (Le Vif/l’Express, 10.02.06, 48)

2.1.3. Le Monde

Alors que la crise provoquée par la publication de dessins représentant Mahomet s'exacerbait, Le Monde s'est joint, à ceux qui défendent le droit de publier des dessins représentant ou caricaturant Mahomet, au nom de la liberté d’expression. Un subtil dessin de Plantu, plus grand que d'ordinaire, en une du Monde daté du 3 février 2006, représente Mahomet sous forme d’une calligraphie où l’on peut apercevoir son visage à l'aide de répétitions de la phrase « je ne dois pas dessiner Mahomet », écrite par un caricaturiste, à la manière d'un écolier puni, surveillé par un imam, en haut du crayon, qui ressemble au minaret d’une mosquée. Les phrases s'assemblent artistiquement en un croquis du prophète. Sous le titre « Islam: les caricatures de la discorde », Le Monde a consacré plus de la moitié de sa Une à ce dessin. Selon Plantu, c'est « une manière de dire que l'art dépasse tous les interdits ». La subtilité de la caricature de Plantu, c’est qu’elle respecte à la lettre l'interdit, ou le tabou liés à la représentation du prophète tout en le brisant dans un même élan. Dans ce numéro, Le Monde a également donné la parole à huit dessinateurs de presse. Voici en résumé ce qu’ils disaient :

Marcel Gotlib, auteur français d’albums de BD : « La pire malédiction, c'est de manquer de sens de l'humour. Je trouve dangereux ceux qui veulent interdire ces dessins surtout quand on sait de quoi ils sont capables. Mais je ne veux pas confondre les fanatiques et les autres. Ces dessins ne sont pas méchants. » (Monde, 03.02.06)

René Pétillon, auteur de nombreux albums de BD, dessinateur au Canard enchaîné : « Assimiler l'islam au terrorisme, cela peut faire tousser. Quand on critique les intégristes, tous ces 'délirants' qui brouillent le message d'une religion quelle qu'elle soit, on ne doit pas tomber dans l'amalgame. Il faut cibler et ne pas causer de dommages collatéraux. En attaquant le prophète, on attaque tous les musulmans. Les gens ont le droit de croire en ce qu'ils veulent. Ce que j'attaque, ce sont ceux qui interprètent les religions et qui imposent leurs vues. Pour revenir à ce dessin (Mahomet avec une bombe dans le turban), il est excessif et devrait être considéré comme insignifiant. Mais il faut aussi se demander pourquoi l'affaire éclate maintenant, alors que les dessins ont été publiés il y a belle lurette. » (Monde, 03.02.06)

Cabu, dessinateur de presse, collabore à de nombreux titres, dont Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo : « Je pense qu'il n'y a pas de délit de blasphème contre la religion en France. Je suis athée. On peut critiquer toutes les religions. Pour moi, toute religion est débile. Je suis par ailleurs frappé de voir, en ce qui concerne les musulmans, à quel point les modérés ne s'expriment pas et laissent faire des choses terribles en leur nom. En tant que dessinateur, il ne faut pas se laisser faire. On devrait mettre les trois religions les plus répandues dans un seul dessin — un curé, un imam, un rabbin — pour ne pas être accusé de parti pris ! C'est idiot. Les dessins scandinaves mis en cause ne sont pas si terribles. » (Monde, 03.02.06)

Pierre Sadeq, 68 ans, dessinateur libanais, chrétien, caricaturiste du quotidien Al-Nahar et de la chaîne de télévision Al-Mustaqbal (Future TV) de la famille Hariri : « Je réprouve les caricatures qui ont été publiées. Je n'irai jamais si loin pour ma part, quelle que soit la religion concernée. » (Monde, 03.02.06)

Hassan Bleibel, libanais. Musulman chiite, caricaturiste du quotidien Al-Mustaqbal (Le Futur), de la famille Hariri :« J'ai tendance à penser qu'il ne faut pas surdimensionner ce genre d'affaire. (…) Il existe des sujets sensibles auxquels il faut éviter de toucher en tant que caricaturiste. L'Europe est très sensible à ce qui touche la religion juive. (…) La liberté d'opinion et d'expression est bien sûr sacrée, mais elle ne doit pas franchir la ligne ténue qui la sépare de l'injure et elle doit obéir à des règles. Il existe une différence entre des hommes de religion et le symbole que peut représenter un prophète pour une religion. » (Monde, 03.02.06)

Haddad, 60 ans, français d'origine libanaise, dessinateur à Al-Hayat (journal en arabe édité à Londres) et collaborateur de Courrier international : « Je suis pour la liberté d'expression et contre la censure.(…). Je trouve ces dessins très mauvais. La première fois, je les ai trouvés sans intérêt. Pas drôle mais anodins. Et puis j'ai compris qu'ils représentaient le prophète. Mettre une bombe sur la tête d'un intégriste, pourquoi pas ? Moi-même, je dessine contre le terrorisme, contre les intégristes. Mais sur la tête du prophète, qu'est-ce qu'on veut dire ? Un dessin a toujours un message. Là, quel est le message ? Que l'islam est criminel ? Que les musulmans sont criminels ? Affirmer par une caricature que les intégristes sont des arriérés, des obscurantistes, je veux bien. Mais faire la même chose avec le prophète, là encore, c'est un amalgame. Ce sont tous les musulmans qui sont visés. Cela devient du racisme. » (Monde, 03.02.06)

Glez, 39 ans, franco-burkinabé, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire satirique Le Journal du jeudi d'Ouagadougou, collaborateur régulier de Vita (Milan) : « Le principe est simple : la liberté d'expression. Tout peut être représenté. Donc les boycotts, les menaces suscitent mon indignation. Il y a évidemment des limites, celles de la déontologie professionnelle. Mais rien ne permet d'interdire par principe un dessin. La déontologie, cela consiste à éviter l'outrance inutile, l'amalgame, de savoir précisément le message que l'on transmet. » (Monde, 03.02.06)

Jean Plantu, 54 ans, dessinateur au Monde depuis 1972 et à L'Express : « Il y a de plus en plus une chape de plomb qui tombe sur les dessinateurs de presse et sur les humoristes, quand on parle de religion. On ne se rend pas compte à quel point, hormis l'Eglise catholique sur laquelle on peut taper et qui fait preuve, quoi qu'on en dise, de mansuétude, il est devenu impossible de critiquer les religieux. » (Monde, 03.02.06)

2.1.4. Libération Le quotidien a diffusé deux dessins dans son édition du 3 février 2006

2.1.5. Le Canard Enchaîné consacre son édition du 8 février, intitulée « Journal satirique satanique paraissant le mercredi », et écrit « Les intégristes se battent pour le respect de la liberté ... d'oppression ».

2.2. En Belgique

2.2.1. De Standaard a publié les douze caricatures dans sa rubrique « opinions et analyses » avec le commentaire : « la satire et la liberté d'expression forment la pierre angulaire de notre démocratie ».

2.2.2. Le Soir a publié le 02 février 2006 un dessin du caricaturiste Pierre Kroll ne représentant rien, et sous-titré « Ceci n'est pas Mahomet ». Le caricaturiste, a par ailleurs déclaré, qu'il ne voyait pas l'utilité des douze dessins qu'il jugeait médiocres.

2.2.3. La Libre Belgique du 03 février 2006 titre à la une « Peut-on représenter Mahomet ? », et présente un dessin-jeu, fait de points numérotés à relier pour compléter la figure. « La liberté d'expression est un principe de base de la démocratie, et toute entrave à cette liberté doit donc être rejettée. Mais cette liberté doit être exercée avec bon sens », peut-on encore lire dans ce quotidien qui a ainsi décidé de ne pas publier les caricatures.

2.3. En Grande-Bretagne

Il y a eu une autocensure généralisée dans toute la presse écrite britannique, qui n'a pas publié ces caricatures se disant soucieuse, à l'instar du Financial Times de « ne pas mettre de l'huile sur le feu », même si certaines caricatures apparaissent sur leurs sites internet (The Guardian, The Times). Le tabloïd The Sun a publié une photo d'une personne lisant un journal français comportant l'un des dessins incriminés masqué par la mention « censuré ». La télévision BBC a également diffusé des images de lecteurs de journaux laissant apercevoir les caricatures.

2.4. En Allemagne

2.4.1. Die Welt, quotidien conservateur, publie le 01 février 2006, les caricatures en une.

2.4.2. Tagesspiegel et Berliner Zeitung publient eux aussi les caricatures le 01 février 2006 dans leurs pages internes.
2.5. En Italie

2.5.1. La Stampa et Il Corriere della Sera publient les caricatures le 01 février 2006.


Dans les autres pays d'Europe :

2.6. En Suède : GT publie deux caricatures le 07 janvier 2006.

2.7. En Suisse : Le 02 février 2006, La Tribune de Genève et Le Temps publient les caricatures.

2.8. Au Portugal : Le 02 février 2006, le journal Público publie en une la caricature de Mahomet avec la bombe.

2.9. Au Pays-Bas : Le 01 février les journaux hollandais Volkskrant, NRC Handelsblad, et Elsevier publient les caricatures.

2.10. En Hongrie : Le 02 février 2006 Magyar Hirlap publie les caricatures.

2.11. En Croatie : Nacional publie les 12 caricatures le 06 février 2006 avec 6 des caricatures en une.

2.12.. En Macédoine : les journaux Vreme et Vest publient les 12 caricatures le 10 février 2006.

2.13. En Russie : le journal Gorodskie Vesti, publie les caricatures le 09 février 2006.


§3. Les réactions des différents organes de presse non européens


3.1. Aux Etats-Unis : ABC a suivi la même ligne éditoriale qu'en Grande-Bretagne, c'est-à-dire la non publication des caricatures, à l’exception de CNN qui floutait les dessins.

3.2. En Israel : Le lundi 06 février 2006, le journal le Jerusalem Post est le premier journal israélien à publier les caricatures de Mahomet.

3.3. En Egypte : Le lundi 17 octobre 2005, le journal Al Fajr est le premier journal au monde à publier les caricatures de Mahomet après Jyllands-Posten.

3.4. Au Yémen : Le Yemen Observer et le Al-Raï Al-Aam publient les caricatures. Le 08 février les autorités yéménites annoncent la suspension des journaux et des poursuites judiciaires contrent les éditeurs et les rédacteurs en chefs.

3.5. Au Maroc : Le journal marocain Journal Hebdomadaire a publié les caricatures de Mahomet, dans son édition numéro 242 du 11 au 16 février.

3.6. En Jordanie : L'hebdomadaire al-Mehwar reproduit 12 caricatures dans un petit encadré, pour illustrer un article sur la dénonciation générale de leur publication. L'hebdomadaire Shihane publie également l’ensemble des caricatures.

Un journaliste anglais se demandait le 2 janvier 2006, dans un article diffusé sur le site Internet www.cafebabel.com, si les journaux ne réagissaient pas de façon déraisonnée et démesurée. « La crise autour des caricatures de Mahomet n’est pas seulement le premier événement médiatique européen, elle démontre également que au lieu d’éclairer leurs lecteurs, ils jettent de l’huile sur le feu. La polémique à propos des caricatures concerne l’image que les journalistes se font d’eux-mêmes et la question suivante : jusqu’où peut aller la liberté de la presse ? Soit une réflexion sur les racines mêmes du journalisme. » (Cafebabel, 02.02.06)

Cette surenchère médiatique pose des questions sur le degré de liberté d’expression dont jouissent les journalistes et plus précisément, dans le cadre de la polémique des caricatures, sur la liberté de ton des cartoonistes. Mais n’oublions pas que cette tourmente des caricatures de Mahomet s’inscrit dans un contexte plus général qui sort, lui, du domaine médiatique. Il y a actuellement de nombreuses tensions au niveau international, tel l’arrivée au pouvoir du Hamas, le conflit entre la communauté internationale et l’Iran autour de l’enrichissement d’uranium à des fins militaires, la guerre en Irak, qui compte de plus en plus de morts et d’attentats terroristes et Al Qaeda, qui agit par frappes chirurgicales à l’échelle mondiale.


§4. L’image des Juifs et d’Israël à travers la caricature


Le quotidien Hamshari, le plus fort tirage de la presse iranienne (400.000 exemplaires/jour), a invité mardi 7 février ses lecteurs à participer à un concours de dessins dont le thème est l'Holocauste, afin de « mettre au défis la tolérance des pays occidentaux qui mettent en avant la liberté d'expression pour défendre la publication de caricatures du prophète Mahomet » (…) « Hamshari, loin de toute attitude conflictuelle ou de comportement déraisonnable, invite les artistes du monde entier à user de cette liberté d'expression pour faire parvenir des caricatures sur ces thèmes afin de participer au concours » (Nouvelobs, 07/02/06) Le journal se demande si la liberté d'expression occidentale autorise que l'on évoque des sujets tels que les crimes commis par Israël ou l'Amérique ou un incident comme l'Holocauste ou si cette liberté d'expression n'est bonne qu'à insulter les valeurs sacrées des religions divines.

Pour le chercheur à l’Iris Barah Mikaïl, il s’agirait en fait d’une provocation directe à l'encontre d'Israël. Le journal Hamshari adopte en fait le positionnement du président iranien qui consiste à affirmer sa fermeté sur la scène nationale et internationale par des actes provocateurs visant en premier lieu Israël[14]. A travers ce concours de caricatures, l'Iran entend répondre à ces déclarations en surfant sur un sentiment partagé par l'ensemble de l'opinion publique iranienne: celui de la négation de l'Holocauste. Comme le suggérait Barah Mikaïl, ce concours peut être considéré comme un nouvel outil de propagande antisémite. Néanmoins, comme il le rappelle, « cela dépend du point de vue dans lequel on se place. D’un point de vue occidental, ces caricatures sont uniquement antisémites. Mais aux yeux du monde musulman, l'antisémitisme perd son sens premier pour viser non plus les Juifs en tant que religion mais plutôt Israël en tant qu'Etat ennemi ». (Nouvelobs, 13.02.06) On peut même penser qu’il s’agit d’une manœuvre antiaméricaine, les Etats-Unis étant les premiers bailleurs de fonds d’Israël. Ces caricatures sont donc avant tout politiques et dépasse le simple outil de propagande antisémite. Elles servent, selon le chercheur, à critiquer et provoquer la politique israélienne, et s’alimentent de l’antisémitisme de l’opinion publique que Mahmoud Ahmadinejad ne cesse de réactiver.

Au travers de l’analyse de Barah Mikaïl, nous constatons que l’évolution de cette polémique autour des caricatures de Mahomet se retourne insidieusement contre un peuple, celui israélien, à travers notamment le contre concours international organisé par un grand quotidien iranien, Hamshari[15] (et relégué par les sites Internet www.irancartoon.com et www.syriacartoon.com) et ayant pour thème « La ligne rouge de la liberté d’expression en Occident » et qui ne manquera pas de faire parler de lui dans les médias européens. Il est à préciser que les dessins déjà retenus par les organisateurs du concours tournent toujours autour des mêmes thèmes : le révisionnisme ou le négationnisme à travers la remise en question de l’Holocauste et le mépris de la condition juive. Ces dessins sont à majorité emprunts d’antisionisme, voire d’antisémitisme.

Ce concours suscite déjà de nombreuses interrogations en Europe où les limites de la liberté d’expression se trouvent en quelque sorte dans ce grand pilier que représente le génocide de millions de Juifs. Il s’agit d’un repère dans l’histoire occidentale qui reste le symbole d’une guerre sanglante et meurtrière. Régis Debray, philosophe qui a mené diverses réflexions sur les médias, et sur les valeurs et les interdits à ne pas transgresser, affirmait dans un article au Nouvel Observateur, le jeudi 9 février 2006 : « Nous avons nos religions séculières, et quand elles dépérissent, c'est le collectif qui se défait. Connaissez-vous une société historique sans sacralité ? Sans un englobant, un intouchable, un inaliénable ? Pour nous, l'ancien sacré religieux est désacralisé, nos sacrilèges et nos interdits ont à voir avec Auschwitz, l'enfance, l'égalité des hommes. » Cet extrait provient d’un article intitulé « Résistance oui, inconscience, non ! », où Régis Debray s’interroge sur la liberté d’expression en Occident et remet en cause l’incroyable sentiment de supériorité que les Occidentaux ont à cet égard. « La liberté de la presse est inséparable d'un droit de la presse qui est un casse-tête à l'intérieur même de notre monde « catholaïque ». Ne nous gargarisons donc pas avec ce mythe d'une liberté absolue, et souvenons-nous que notre relative liberté est le produit de trois siècles de luttes civiles. »
Les dessins sélectionnés (dont certains sont déjà montrés sur les site Internet www.irancartoon.com et www.syriacartoon.com) dans le cadre du concours iranien sur les limites de la liberté d’expression en Occident, rappellent la longue tradition de dessins antisémites dans les pays arabes. Un livre récent, de Joël et Dan Kotek, a été écrit sur le sujet. Il traite plus exactement de la manière dont de nombreux caricaturistes musulmans procèdent à une réelle délégitimation de l’Etat d’Israël à travers des dessins tout à fait antisémites, que l’on retrouve sur des sites Internet et dans des grands quotidiens arabo-musulmans. Selon ces auteurs, il existe trois « antisémythes » classiques de l’antijudaïsme chrétien qui sont aujourd’hui réappropriés par certains cartoonistes arabo-musulmans : « Le meurtre rituel et la profanation d’hostie, ou le mythe du Juif déicide; le libelle de sang ou le mythe du Juif buveur de sang et voleur d’organe ; le complot juif mondial ou le mythe du Juif démoniaque qui veut s’assurer la maîtrise du monde. » (KOTEK, 2005, 19)


Les mythes antijuifs se sont développés et ont prospéré en Occident, durant tout le Moyen Age jusqu’à aujourd’hui. Certaines caricatures arabes contemporaines ne sont pas sans rappeler les dessins de propagande nazie : « Copies conformes ou simples démarquages des illustrations de la presse nazie, (…) elles ont recours à la même thématique (le Juif comme vampire des nations, le Juif qui assure sa domination sur le monde, le Juif déicide, etc.), au même répertoire symbolique (le globe terrestre pour dénoncer la prétention juive à dominer le monde ; le sang des enfants, la croix christique), au même mode de représentation (le Juif au nez crochu, à la bouche lippue, au dos voûté), à la même zoomorphisation (le Juif associé aux espèces animales les plus dépréciées, notamment la pieuvre tentaculaire, la chauve-souris, l’araignée, ou le…porc). » (KOTEK, 2005, 20)
Les frères Kotek soulignent que les caricatures arabo-musulmanes contre les Juifs n’ont pas le même objectif que les caricatures occidentales, car celles-ci ne sont pas ironiques ou drôles et n’ont pas pour but de faire trembler les puissants au profit des plus faibles, elles ont plutôt un caractère austère et grave. « Ces caricatures se placent en général non dans le registre de la critique sociale et de l’humour-les deux coefficients fondamentaux de l’art de la caricature-, mais dans celui de l’indignation pure. Leurs dessins sont la plupart du temps sombres, sérieux, moralistes. Ils sont autant d’armes au service d’une cause qui ne tolère guère le second degré. L’ironie ici n’a pas sa place. » (KOTEK, 2005, 47) Bien sûr, il ne faut pas en faire une généralité, il existe aussi d’excellents caricaturistes arabes.

§5. Réactions d’intellectuels


On le constate, l’affaire des caricatures a divisé le monde entre deux conceptions de la liberté d’expression : Un groupe défendant la cause des quotidiens republiant les cartoons incriminés, au nom de la liberté d’expression. Un autre groupe critiquant violemment les publications et défendaient le droit au culte et au respect de celui-ci. Il y a eu une radicalisation croissante des positions de part et d'autre, entre les tenants d'une liberté sans limite (une majorité d’Européens et d’Occidentaux) et les musulmans qui ont été outrés par ces dessins.

Au-delà de l'amalgame, injuste et blessant, entre l'islam et le terrorisme, présent dans quelques dessins, c'est donc l'interdit de la représentation de Mahomet qui est en cause. Pour l'islam, toute effigie du Prophète relève de l'idolâtrie, et transgresser ce tabou est un blasphème. Dans les démocraties laïques, qui ont pleinement ratifié la Déclaration universelle des droits de l'homme, le seul principe qui vaille est celui de la liberté d'expression dans le respect du droit.

On peut par ailleurs souligner le fossé entre deux traditions de représentation des formes religieuses. D’un côté, on retrouve la culture iconoclaste qui regroupe des adeptes refusant catégoriquement toute forme d’images saintes en les détruisant ou les interdisant. La tradition musulmane est iconoclaste. Inversement, on retrouve la tendance iconolâtre (le nom a par ailleurs été attribué aux catholiques par les iconoclastes) qui, elle, rassemble des individus rendant un culte particulier aux images saintes et qui correspond davantage à la tradition occidentale ou chrétienne. En quelques sortes, le fait d’avoir représenté le Christ de différentes façons, sur sa croix ou sur les vitraux d’églises, par exemple, a permis aux chrétiens de s’affranchir du tabou entourant l’image sainte, ce qui n’a pas eu lieu avec l’islam.

A ce sujet, une analyse a été réalisée par l’historien et président de la Bibliothèque nationale de France Jean-Noël Jeanneney. Il revient sur le difficile équilibre au cours de l'histoire entre le respect des croyances et le droit à l'insolence et affirme qu’il y a eu dans l’Histoire des mouvements, certes moins conséquents, mais comparables à l’affaire des caricatures de Mahomet. En employant les termes de tradition « iconoclaste » et de tradition « icônolâtre », Jean-Noël Jeanneney explique l’origine des tensions entre ces deux types de représentation du religieux : « A l'Empire byzantin. Des dizaines de milliers de gens sont morts dans des batailles farouches où s'affrontèrent deux camps chez les chrétiens, au cours des VIIIe et IXe siècles : d'un côté, ceux qui jugeaient que toute représentation du Christ, de la Vierge et des saints était impie et, de l'autre, ceux qui défendaient non moins passionnément la thèse que ces peintures et ces sculptures n'étaient pas seulement licites, mais indispensables au soutien et à la propagation de la foi. D'un côté les iconoclastes, de l'autre les zélateurs des images. Les seconds reprochaient aux premiers de ne pas faire appel à toute la gamme des sensibilités humaines, les premiers dénonçaient chez les seconds une forme d'idolâtrie. » (…) « L'islam, en face, s'est inscrit, à quelques notables exceptions près, dans la lignée de ces derniers. » (Nouvelobs, 09.02.06) Selon Jean-Noël Jeanneney, les dessins incriminés par les islamistes apparaissent moins durs que ceux de ces temps-là et plus directement dirigés contre le centre même d'une religion. C'est leur ambiguïté. En stigmatisant la barbarie des porteurs de bombes, ils reflètent, à hauteur cette fois non pas d'une nation mais de la planète entière, une réprobation légitime devant les ravages d'un nouvel intégrisme « Mais en même temps, en dirigeant leurs traits contre le centre même d'une religion, ils peuvent paraître aux fidèles de celle-ci en attaquer le fondement. Dans cette tension réside, me semble-il, à côté des considérations géopolitiques, la cause de bien des désarrois qui s'expriment ces jours-ci devant le choc des deux valeurs primordiales de la liberté d'expression et de la liberté de conscience. » (Nouvelobs, 09.02.06)

Philippe Lançon, journaliste à Libération, déclarait, quant à lui, dans un billet d’humeur à Charlie Hebdo : « Le respect des uns ne peut exiger le silence des autres. En résumé, je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites (ni avec la manière dont vous le dite), mais je me battrai pour que vous puissiez l’exprimer : le monde reste divisé entre ceux qui vivent cette remarque de Voltaire et ceux qui voudraient l’effacer. » (Charlie Hebdo, 08.02.06)


Patricia Briel remettait en question, dans un article signé au Temps, l’interdiction de la représentation du Prophète dans l’Islam. (Temps, 04.02.06) « Cette interdiction n'a pas toujours été respectée: en effet, des images de Mahomet ont circulé dans l'aire culturelle persane. La question des images reste actuellement débattue chez les religieux musulmans. Certains refusent toute forme de représentation, d'autres se montrent plus tolérants avec les images, pourvu qu'elles n'incitent pas à l'idolâtrie. » L’auteur analysait également le rapport avec l’image du judaïsme et du christianisme. « Le judaïsme ne tolère pas les images du divin. » Elle citait ensuite le Décalogue: «Tu ne feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici-bas, ou dans les eaux, au-dessous de la terre.» (Temps, 04.02.06)
Quant au christianisme, Patricia Briel rappelle qu’il a longtemps entretenu un rapport ambigu avec l'image. Soucieux de respecter le commandement du Décalogue, les premiers chrétiens ont figuré le Christ par des symboles, comme le poisson ou le bon pasteur. Puis, convaincus de la force pédagogique des images, notamment auprès des illettrés, ils se sont mis à peindre et à sculpter des personnages de la Bible, y compris Jésus et son Père divin.


Henri Tincq, chroniqueur au Monde, affirmait que cette tourmente était la conséquence d’un « choc des ignorances », plus que d’un choc des civilisations ou des cultures. « Ainsi se trouve- t-on face à la répétition du même conflit qu'il y a vingt ans entre deux imaginaires, deux systèmes d'exclusion mutuelle fondés sur l'ignorance. Ignorance des ressorts intérieurs à la foi musulmane d'un côté. De l'autre, ignorance de la liberté de création dans un monde arabo-islamique privé de droits et de démocratie. Avec les éléments aggravants que sont la montée du terrorisme, de l'islamophobie et le déclin des institutions traditionnelles de régulation de la foi musulmane. » (Monde, 10.02.06)
Henri Tincq affirmait ensuite qu’on ne pouvait pas manipuler impunément des symboles et des figures comme celle du prophète. Il émettait également une hypothèse intéressante, affirmant que toutes les institutions religieuses se sont montrées solidaires face à l’ensemble des laïcs et ont donc fait preuve d’un certain corporatisme interreligieux : La figure prophétique est un paradigme commun à toutes les théologies tirées d'une Révélation divine. La preuve en est la rapidité avec laquelle les autorités chrétiennes ou juives ont volé au secours des musulmans outragés par les caricatures de leur prophète. Dans cette réaction, le réflexe « corporatiste » des institutions religieuses ou leur solidarité face à sociétés laïcisées qui, à tort ou à raison, leur semblent hostiles, ne sont pas seuls en cause. (Monde, 10.02.06)

Juriste et maître de conférences en droit à l'université Paris-X-Nanterre, Daniel Borrillo affirmait dans un article au Monde à propos de la réintroduction du crime de blasphème : « Depuis quelques années, l'Eglise catholique a compris qu'il fallait livrer combat sur le terrain judiciaire en utilisant le droit positif en matière de protection contre les discriminations et les injures. Manier ces normes anti-discriminatoires afin de restaurer le crime de blasphème constitue, de mon point de vue, une forme de censure à peine déguisée. » (Monde, 08.02.06) Daniel Borrillo parlait aussi d’un choc de représentations qui serait à la source des conflits ente la communauté musulmane et celle chrétienne : « La liberté de l'artiste et de l'écrivain est sacralisée en Occident, mais les musulmans récusent ce postulat de la supériorité d'une pensée occidentale incapable d'évoluer, disent-ils, en dehors de modèles historiques mis en place par elle seule et qui ont mis des siècles avant de s'imposer. Ce choc entre deux types de mémoire et de représentation est entretenu par tout un arsenal d'images et d'arguments qui expliquent et légitiment les affrontements d'aujourd'hui. » (Monde, 08.02.06)

Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS, refusait, pour sa part, de tomber dans le piège de la théorie du « clash des civilisations » entre un Occident libéral et un islam qui refuserait la liberté d'expression. Selon lui, il faut beaucoup d’ignorance et d’hypocrisie pour s'en tenir à cette thèse. Par ailleurs, il affirmait que la liberté d’expression était un concept bien relatif, même en Occident, il donnait l’exemple de la publicité utilisant la Cène, censurée en France en 2005. « La liberté d'expression est dans tous les pays occidentaux d'ores et déjà limitée, et par deux choses : la loi et un certain consensus social. L'antisémitisme est réprimé légalement. Mais l'atteinte à d'autres communautés aussi : en 2005, l'Eglise catholique de France a obtenu le retrait d'une publicité utilisant la Cène, mais remplaçant les apôtres par des femmes court vêtues. Cela relève exactement de la même démarche qu'entreprennent les associations musulmanes aujourd'hui. Quels journaux ont alors publié la publicité incriminée en défense de la liberté d'expression ? » (Monde, 09.02.06)


Jean-Marie Le Pen, président du Front National français, affirmait dans l’une de ses déclarations reprises par le Nouvelobs: « Les croyants ont droit au respect de leurs croyances, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens » (Nouvelobs, 10.02.06) Jean-Marie Le Pen essayait également de retourner la situation en déclarant : « Si l'on condamne, à juste titre, de blessantes caricatures du Prophète des musulmans, à plus forte raison, doit-on condamner les ignobles et permanentes caricatures du Dieu incarné des chrétiens ? » (Nouvelobs, 10.02.06) Le président du FN regrettait que le débat sur les caricatures de Mahomet mette avant tout aux prises ceux qui ne croient en rien et prônent le droit absolu à la dérision de tous les fondements de la civilisation, et ceux qui prônent le respect absolu des croyants, mais seulement quand il s'agit des musulmans.

Jean-François Kahn, fondateur et président du conseil d’administration de Marianne donnait une opinion nouvelle en déplorant le fait qu’on ait amené dans le débat le concept de blasphème : « Dans l’affaire des caricatures, ce n’est pas les réactions musulmanes en soi qui sont préoccupantes : finalement si on se moque de façon outrancière de Jésus Christ ou des rabbins, on a le droit à des réactions catholiques ou juives du même type. Mais c’est le fait qu’ait été évoqué le concept de blasphème. Or en France par exemple, depuis 1830, tout le combat démocratique, libéral et progressiste a été mené contre ce concept de blasphème. Le réhabiliter au point de voir des gouvernements s’excuser pour des dessins, c’est en effet un formidable retour en arrière.» (Nouvelobs, 01.02.06)
Selon Jean-François Kahn encore, on peut dénoncer le sionisme, on peut dénoncer les crimes d’Israël, et les crimes américains. « Cette idée qu’on aurait le droit de faire des caricatures sur Mahomet alors qu’on n’aurait pas le droit de critiquer le sionisme, c’est faux. Nous publions cette semaine (Marianne N° 461, 18.02.06) 15 dessins des plus grands dessinateurs français, qui tous font une critique de la dérive de la religion en mettant en scène Jésus Christ et Moise, les deux prophètes, autres que Mahomet. » Suite à cette publication, Jean-François Kahn faisait le pari qu’il n’y aurait pas des dizaines de milliers de gens dans le rue, qu’il n’y aurait personne pour porter plainte, bref qu’il ne se passerait rien. « Donc je pose la question, pourquoi est ce qu’on peut faire des dessins comme on a fait cette semaine, extrêmement violent, en mettant en scène Jésus et Moise, alors que c’est un tremblement de terre quand on met en scène Mahomet ? » (Marianne, 19.02.06)


Après la parution des caricatures de Mahomet, le Mrap (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples), profondément attaché à la liberté d'expression, exprimait pour sa part sa consternation devant « une inquiétante et piteuse provocation ». Son président, Mouloud Aounit, écrivait le 1er février 2006 : « Tout comme dans les années 30 les caricatures antisémites ont participé à l'excitation et à la banalisation de l'antisémitisme, ces caricatures, dans un contexte marqué par une islamophobie rampante, au-delà de l'offense aux musulmans, ne peut en la circonstance que servir à déculpabiliser et légitimer les tenants et partisans de la caricaturale équation: arabes=musulmans=islam-intégrisme. Si la liberté d'expression légitime, à juste titre, la critique de toutes les religions, y compris l'islam, il est des moments et des contextes où la prudence et la vigilance s'imposent pour l'utilisation de certains mots, comme « Kärcher et racaille » et de certaines images, comme celles publiées sur Mahomet qui doivent être utilisées avec un sens particulier de la responsabilité. » (Nouvelobs, 01.02.06)

Répondant en quelque sorte aux critiques du Mrap, Le ministre de l'Intérieur français, Nicolas Sarkozy, a affirmé au plus haut de la crise, qu'il préférait l'excès de caricature à celui de censure. « La caricature, c'est l'excès. A tout prendre, je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure » (…) « La démocratie, c'est la possibilité de la critique, de l'échange des arguments et de la caricature, surtout par le biais des dessins. Lorsque la caricature va au-delà du raisonnable, ce sont les tribunaux qui en jugent et pas les autorités religieuses, et pas les gouvernements des pays musulmans. Bien sûr, il faut éviter de blesser les convictions des personnes », a affirmé Nicolas Sarkozy. (Nouvelobs, 05.02.06)


La députée hollandaise Ayaan Hirsi Ali[16] a également exprimé sa position sur la question en réaffirmant son idéal de liberté d’expression. « Mon opinion est que le Jyllands Posten a eu raison de publier les caricatures de Mahomet et que d'autres journaux en Europe ont bien fait de les republier. » Elle critiquait les journaux et les chaînes de télévision qui ont préféré ne pas montrer à leur public ce qui était en cause dans l’affaire des caricatures. « Ces intellectuels qui vivent grâce à la liberté d'expression, mais acceptent la censure, cachent leur médiocrité d'esprit sous des termes grandiloquents comme « responsabilité » ou « sensibilité ». » Elle a par ailleurs marqué son soutien au premier ministre du Danemark, Anders Fogh Rasmussen en affirmant : « Le premier ministre, a bien agi quand il a refusé de rencontrer les représentants de régimes tyranniques, c’est un exemple pour tous les dirigeants européens » Selon Ayaan Hirsi Ali, les sociétés libres sont aujourd'hui menacées par l'islamisme, qui se réfère à un homme nommé Muhammad Abdullah (Mahomet) ayant vécu au VIIe siècle et « considéré » comme un prophète. « Je suis ici aujourd'hui pour réclamer le droit d'offenser dans les limites de la loi. » (…) « Exiger que les hommes et les femmes qui n'acceptent pas l'enseignement du Prophète s'abstiennent de le dessiner, ce n'est pas une demande de respect, c'est une demande de soumission. » (Monde, 16.02.06)


Pour l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, « il est impératif de bannir la passion dans ce genre d'affaires. Arabes et Européens doivent faire montre de sagesse » Selon Tariq Ramadan, Le monde arabe devrait apprendre une certaine « distance critique » et devrait savoir que l'Occident nourrit une longue pratique de la satire en matière de religion. « Il s’agit d’une tradition de la moquerie qui remonte au siècle des Lumières, à Voltaire ou Diderot » Tariq Ramadan pense néanmoins que les médias européens devraient ménager les sensibilités arabes, et user de la liberté d'expression avec plus de discernement. (Nouvelobs, 02.02.06)

Sur la question, voici l’avis de Robert Ménard, président de Reporters sans Frontières (RSF) : « Il existe deux limites à la liberté d'expression: lorsqu'on se trouve face à un appel explicite à la violence et en cas d'attaques personnelles diffamatoires. En-dehors de ces deux cas de figures, il n'existe pas de limite à la liberté d'expression » (Nouvelobs, 06/02/06) D'après le classement établi chaque année par RSF, le Danemark et la Norvège figurent parmi les 4 ou 5 pays qui respectent et pratiquent le plus la liberté d'expression et de la presse. Ce sont donc des modèles sur ces questions, mais il est vrai que sur le contexte politique, ces publications interviennent au Danemark à un moment où un débat a lieu autour de la question de l'immigration, mais ce contexte n'a rien à voir avec l'affaire elle-même. « On a le droit de publier ces dessins, même si certains sont odieux et d'autres nuls » (Nouvelobs, 06/02/06).

Conclusion

L’un des objectifs de ce travail avait été de « quantifier » le degré de liberté d’expression des dessinateurs de presse. Au bout de cette analyse, on s’aperçoit tout d’abord que cette liberté varie en fonction de multiples facteurs, le principal étant le régime politique du pays dans lequel vit le cartooniste.

A une échelle plus petite, un rédacteur en chef n’aime jamais refuser un dessin à un dessinateur talentueux. Cela a un parfum de censure. Et pourtant cela arrive. Le contexte du moment et la perception que l’on en a rendent la décision de publier ou non bien plus subjective qu’on le souhaiterait. Le dessin de presse et le processus qui mène à sa publication, ne représentent qu’une accumulation de phénomènes subjectifs. Les dessins eux mêmes ne sont donc jamais à prendre au 1er degré.


La caricature est paradoxale, elle déforme la réalité pour mieux s’en moquer. Pour plaire, elle prend souvent le risque de relayer l’opinion dominante, d’utiliser des stéréotypes. Pour tenter de concilier humour et responsabilité, pour éviter de confondre la satire légitime et l’agression méchante, il reste une fragile ligne rouge, et elle doit être prise en compte par le dessinateur.

La leçon que l’on pourra retenir à l’issue de cette étude est qu’il faut privilégier le dessin qui frappe dur et fort pour faire réfléchir, dénoncer une injustice, combattre une idée, bref tout ce qui constitue les ingrédients d’une démocratie. Mais il faudra que le dessinateur respecte cette ligne rouge immatérielle afin d’éviter de réaliser des dessins qui choquent pour choquer ou insultent pour insulter. Une caricature doit donc être hautement intelligente. Elle fera mouche quand elle interpelle, sème le doute, fait vaciller une certitude.

Le monde est devenu un village, et l’on peut visualiser via Internet très facilement des cartoons venant d’autres pays ou cultures, pour le meilleur ou pour le pire. On l’a vu avec l’affaire des caricatures de Mahomet ou deux conceptions de la liberté d’expression se sont affrontées. Cela n’aurait jamais eu lieu il y a encore 20 ans ou les techniques de communications n’étaient pas autant développées. L’affaire des caricatures de Mahomet rappelle à quel point la liberté d’expression des cartoonistes est inégale en fonction du pays dans lequel ils se trouvent. Ainsi, selon RSF (Reporters Sans frontières), une trentaine de caricaturistes de part le monde sont aujourd’hui enfermés. D’autres sont réprimandés, emprisonnés, torturés voire assassinés.


On l’a vu, les avis sont partagés sur la publication des caricatures de Mahomet, et pour le moins subjectifs. Si les causes de ce conflit étaient avant tout d’ordre politique, il n’en reste pas moins que les dessins relégués par la presse européenne ont par leur seul impact engendré des réactions diplomatiques très importantes. Cette affaire, qui a très vite pris une tournure internationale et qui a fait plusieurs dizaines de morts, a permis de mettre en exergue le rôle joué par les dessinateurs de presse. Alors que la montée de l’extrême droite en Europe repose largement sur l’imaginaire d’un Islam conquérant, les musulmans d’ici et de là bas sont confrontés à une réalité inverse. Et la liberté d’expression hautement revendiquée par les médias occidentaux peut prendre des allures d’oppression, lorsqu’elle accable les faibles plutôt que d’attaquer les forts.


Pour clore ce travail, nous citerons les propos emblématiques de Ayaan Hirsi Ali, qui malgré ses récents déboires aux Pays Bas (cfr. notes de bas de page [16]), est devenue une icône dans la défense de la liberté d’expression et des droits de la femme. La députée néerlandaise soutient notamment que la publication des dessins de Mahomet et ses conséquences a au moins permis de confirmer qu'il existe un sentiment de peur parmi les écrivains, les cinéastes, les dessinateurs et les journalistes. Elle voudrait que chacun ait le droit de s’exprimer, comme il l’entend. « Je suis ici pour défendre le droit d'offenser. J'ai la conviction que cette entreprise vulnérable qu'on appelle démocratie ne peut exister sans libre expression, en particulier dans les médias. Les journalistes occidentaux ne doivent pas renoncer à l'obligation de parler librement, ce dont sont parfois privés les hommes des autres continents. » Et d’insister : « Ce n'est pas une question de race, de couleur ou de tradition. C'est un conflit d'idées qui transcende les frontières et les races. »

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Annexes

Témoignage d’un cartooniste à propos de la censure et de l’autocensure
L’interview[17] qui suit est emblématique de la problématique autour des caricatures de Mahomet. Mosen, cartooniste iranien exilé en Belgique livre un point de vue modéré mais fort représentatif du dessinateur de presse modéré.
Interview de Mosen

Vous êtes un caricaturiste de renom, Mosen, vous avez dessiné pour diverses publications en Iran. Pensez-vous qu’on peut assimiler le caricaturiste à un artiste ou plutôt à un journaliste, ou même les deux ? Est-ce que c’est un humoriste ou quelqu’un de sérieux, doit-il faire rire ou faire penser ?
M – La caricature, c’est d’abord un acte de communication. Il y a certainement une notion artistique aussi. La communication dans l’art, c’est très important, mais ça doit rester une communication positive visant à trouver des solutions aux problèmes qui existent. Une communication agressive qui rend le quotidien des gens plus pénible doit être évitée car elle est purement inutile. La caricature doit aussi être intelligente et faire réfléchir. Il faut toujours chercher une solution et non pas favoriser la violence et la distance entre les gens. Le caricaturiste peut être très sérieux. On ne rit pas toujours avec les caricatures, on peut pleurer devant certains dessins. Il y a aussi des caricatures très noires. Quand il se passe quelque chose de très dur et douloureux dans le monde, la caricature qui atteste de cet événement est souvent triste et très forte à la fois. Je crois que tous les caricaturistes, comme les journalistes d’ailleurs, doivent apprendre à respecter l’autre quand ils veulent transmettre leur message.

Le caricaturiste peut-il tout dessiner ? Y a-t-il une limite à sa liberté d’expression ?
M - Le caricaturiste a une grande liberté, mais dans le cas des caricatures de Mahomet, le problème réside dans la manière dont les dessins ont été réalisés. Le caricaturiste agit un peu comme un écrivain. Il doit aussi créer plus de solidarité entre les gens. La question est de savoir comment envoyer un message qui crée une solution aux conflits globaux actuels ? De nombreuses idées ont pour base la religion. Certaines personnes utilisent aussi le religieux comme un pouvoir politique. Il y a eu beaucoup de guerres à cause de la religion. Le caricaturiste doit utiliser sa parole pour faire parler les gens, tout comme les journalistes ou les écrivains. Parfois, on utilise notre pouvoir et cela engendre encore plus de problème. Il y a déjà des tensions à cause des guerres, à cause de la course au pétrole, à cause des corruptions des politiciens. L’ennui aujourd’hui, c’est que les Musulmans pensent qu’ils sont toujours victimes. L’arme qu’ils utilisent est l’idéologie. Car il n’y a pas de technologie dans les pays musulmans. L’idéologie agit un peu comme un palliatif au manque de moyens techniques. Au niveau du de la liberté d’expression, votre pédagogie en Europe est différente. Quand je commence à dessiner les gens ici, 80% sont fâchés par ces caricatures et demandent d’être dessiné « normalement », de façon figurative en somme. Je ne peux pas dessiner des gens nus, par exemple, mais je respecte cela, car je travaille maintenant en Europe et je fonctionne avec les tabous d’ici. Si une personne sensible refuse d’être caricaturée, alors, on ne peut la dessiner, au nom de sa liberté. De même, si des individus plus sensibles au niveau de leur religion ou de leur culture refusent la représentation de leur dieu, il faut respecter cela. C’est une question sociale. Dans le socialisme, il faut respecter les gens, les autres. Il y a des frontières à ne pas transgresser, elles se situent au niveau du respect de la culture de l’autre. Mais si il s’agit de criminels, ou de personnes qui troublent l’ordre mondial, qu’ils soient Musulmans ou croyants d’une autre religion, là le journaliste, le caricaturiste peut dessiner contre les intérêts de ces derniers. Il s’agira ici d’une juste et noble cause.

Adhérez-vous à l’idée selon laquelle la liberté d’expression l’a emporté sur la foi en occident alors qu’en Orient, les croyances religieuses auraient été un facteur liberticide? L’Europe, par exemple, en octroyant une liberté totale d’expression aux caricaturistes, aurait-elle gagné la bataille contre la censure ?
M - Il ne s’agit pas d’une question de censure. Il s’agit d’une question d’intelligence. Les caricatures de Mahomet, récemment publiées, manquent totalement d’intelligence. Les dessinateurs danois n’étaient certainement pas des caricaturistes professionnels…

Vous connaissez l’histoire de cette délégation d’imams danois qui ont propagé diverses caricatures beaucoup plus insultantes pour l’Islam et Mahomet, N’y a-t-il pas eu confusion entre les premières caricatures et celles qui ont été rajoutées par ces Imams ? Les douze caricatures initiales du Jillands Posten auraient-elles pu créer une telle polémique à elles seules? Je parle notamment des deux caricatures les plus controversées, celle où l’on voit Mahomet avec une bombe au lieu du turban, et celle ou Mahomet, un sabre à la main, se trouve devant deux femmes voilées. Les autres sont assez insignifiantes.
M - Vous savez, dessiner quelqu’un qui n’existe plus et qui a disparu il y a plusieurs siècles ne représente pas un problème en soi. Tout dépend de la manière dont on le fait. Par exemple, il y a Ben Laden, qui est maintenant dans la politique et dans tous les journaux. Ecrire sur lui est plus intelligent que de se demander si il a raison ou pas raison. Peut-être que 90% des Musulmans ne le connaissent pas et n’approuvent pas ses idées, peut être que 10% adhère à son idéologie. Par exemple ce n’est pas parce que il y a eu un Marc Dutroux, chez vous, qu’il faut associer tous les Belges à des pédophiles. De même, on ne peut associer tous les Musulmans à des Ben Laden.

Ne doit-on pas critiquer les idées plutôt que les individus ?
M - Je pense que l’on peut et que l’on doit critiquer les idées et les religions. Dans le cas des caricatures de Mahomet, on a critiqué davantage les individus. C’est ce qui a causé tant d’émoi. Vous connaissez le fond du problème. Il ne faut pas adhérer à la thèse de la « guerre idéologique » et du « grand complot ». Il y a une fatalité dans l’idéologie. Elle se rapproche de la rumeur… Mais vous savez, 90 % de la population concernée n’a peut-être jamais été engagée dans un combat politique. Les gens ne connaissent pas la religion extrémiste. Ils ont un passé, une histoire religieuse, mais ils ne rentrent pas, le plus souvent, dans l’optique de la « guerre idéologique ».

Un bon caricaturiste peut critiquer son gouvernement et sa religion mais il ne peut pas se permettre de critiquer la culture des autres, car il ne connaît pas les frontières, les limites propres aux pays dont il parle?
M - Oui, ça c’est important. Il y a certaines traditions que l’on perçoit lors des mariages, dans les mosquées, dans les cimetières, mais ceux qui sont nés dans telle ou telle tradition ne se rendent pas compte de l’influence qu’elle a sur eux, ils ne peuvent rien y faire. Par exemple, si quelqu’un lit le Coran, il est libre de lire le Coran. Si l’on crée des violences entre continents, il n’y pas de solutions. Une minorité de Musulmans extrémistes ont protesté et causé des troubles, c’est vrai mais en dessinant ces caricatures qui sont irrespectueuses, on empêche la paix entre différentes cultures. Il faut dessiner des choses qui permettent aux uns de mieux connaître les autres. Maintenant, les Musulmans sont solidaires entre eux, contre les Européens.

On a parlé de « guerre des mondes », et on revient sans cesse à la théorie du choc des civilisations de Samuel Huntington, qu’en pensez-vous ?
M - Il s’agit plus d’une guerre d’idéologies et non de civilisations. Il serait préférable qu’on amène les différents peuples de la terre à parler entre eux.

Il y a donc un conflit de conceptions ?
M - Oui, mais il faut chercher une solution commune à toutes les cultures, à toutes les civilisations. C’est le rôle de l’artiste, du caricarturiste, du journaliste. Il faut rapprocher les gens, malheureusement, c’est tout à fait le contraire qui se passe aujourd’hui !

Pensez-vous qu’il existe une seule liberté d’expression, ou existe-il plusieurs libertés d’expression ?
M - Je préfère parler de liberté de parole. Il y a des frontières à toutes les libertés. Je suis libre de dessiner, je peux dessiner tout le monde, si je pense que quelqu’un est un terroriste et que je le dessine comme un terroriste, alors qu’il n’est pas terroriste, cela peut être très pénible pour lui. Si je me trouve devant la possibilité de dessiner tous les Belges comme des pédophiles, parce que vous avez eu beaucoup de problèmes avec des pédophiles, je refuserai, parce que tout le monde n’est pas comme ça. Les coupables sont en prison. Il y a beaucoup de gens qui, quand je les dessine, me posent des questions et me demandent de les dessiner autrement, de telle ou telle manière.

La liberté d’expression est-elle universelle ?
M - Il n’y a pas de parole universelle. Vous parlez « européen », un autre parle « islamiste », un autre parle « chrétien », un autre parle « juif ». Les gens parlent tous différemment, mais c’est important, que les artistes, les dessinateurs, les intellectuels, bref, les gens libres psychologiquement, et qui utilisent leur intelligence, cherchent à rapprocher les gens. Après peut-être il y a une expression mondiale, identique pour tout le monde. Il est nécessaire d’éviter de créer plus de problèmes.

Mosen, en tant que caricaturiste, pouvez-vous me dire ce qui vous attire dans le dessin, dans le pouvoir de l’image ? Pourquoi avez-vous été attiré par cette forme artistique ?
M - Pour moi, tous les arts picturaux ont toujours été plus abordables. L’image permet de communiquer des choses accessibles à tous et compréhensibles par toutes les cultures. Vous savez, tous les gens recherchent globalement la même chose. J’ai eu l’opportunité de vivre dans différentes cultures et communautés, en fréquentant de nombreux Musulmans, Chrétiens ou Juifs. Tout le monde recherche la paix, l’amour. De toutes les cultures que j’ai rencontrées, il n’y en a aucune où il était un plaisir de violer, par exemple. Ça n’existe pas. Tous ceux que vous considérez comme des terroristes sont souvent eux-mêmes victimes de guerres, et ils veulent prendre une revanche.

On ne peut donc pas se permettre de juger les gens, ils ont leurs raisons, vous dites.
M - Ils pensent avoir raison, oui, mais ils tuent des gens innocents. La il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. On ne doit pas non plus adopter la mentalité des films américains : « ça c’est mauvais, ça c’est bon ». Il n’existe rien de tout à fait mauvais, et rien de tout à fait bon. Je respecte toutes les religions, mais je ne dessine pas à propos de la religion, je dessine pour dénoncer les criminels.

En un mot, Mosen, pour vous, c’est quoi une caricature, ou « la » caricature ?
M - La caricature, c’est une impression. Une impression qui envoie un message pour l’autre.

(Propos reccueillis par Benjamin HEINE, le 18 février 2006)


Notes
[1] Jacques Lethève est conservateur à la Bibliothèque nationale française.
[2] Patrick Chapatte est un cartooniste suisse qui publie, chaque semaine, trois dessins pour «Le Temps», deux pour l'«International Herald Tribune» et un pour la «NZZ am Sonntag».
[3] Kroll dessinant en direct à l’émission Mise au point sur la Une (RTBF) représente un bon exemple de cette rapidité de création.
[4] Néanmoins, certains dessins de presse exploite un « style photographique » qui colle tout à fait à la réalité.
[5] Pierre Kroll obtient son diplôme d'architecture à la Cambre et une licence en Sciences de l'environnement à Liège. Il fut Urbaniste pendant quelques temps dans la Cité Ardente. Ce n’est que en 1985 qu’il devient dessinateur indépendant.
[6] Les sources de cette partie sont principalement les articles et dépêches du site Internet du Nouvelobs, récoltés tout au long de la crise. Une partie importantes des informations provient également de l’encyclopédie en ligne wikipedia.org et de publications de références, comme La Libre, Le Soir, Le Vif-L’Express, Le Monde et Libération.
[7] Jyllands-Posten est un grand quotidien danois publié par JP/Politikens Hus, un des plus puissants groupes de presse du pays. Dans les années 1920 et 1930 le journal était favorable au fascisme. Jusqu'en 1938 il soutenait officiellement le Parti conservateur. Depuis la rupture avec le parti le journal se définit comme indépendant de droite. Le journal est aujourd'hui de tendance libérale-conservatrice.
[8] Kaare Bluitgen voulait raconter aux enfants la vie de Mahomet. Indirectement à l'origine de la polémique sur les caricatures du Prophète, Kaare Bluitgen tenait à représenter Mahomet sous forme d’un dessin, jugeant inconcevable de ne pas montrer en image le personnage principal du livre, ceci étant une tradition dans la culture de la littérature enfantine européenne. Intitulé "Le Coran et la vie du prophète Mahomet", le livre n'a pas suscité de polémique majeure.
[9] Carsten Juste est le rédacteur en chef du quotidien lors de la publication initiale des caricatures de Mahomet en septembre 2005. Le responsable de la publication des caricatures était le rédacteur en chef des pages culture, Flemming Rose.
[10] cfr. Infra analyse précise des deux tendances, l’une iconoclaste, l’autre iconolâtre.
[11] Il est à souligner, pour éviter les amalgames, que Raymond Lakah est chrétien et non musulman.
[12] Charlie Hebdo est un hebdomadaire français mythique. Symbole de l'anticonformisme et de la gauche radicale, Charlie Hebdo, avec Hara Kiri aujourd'hui disparu, reste symbolique d'une presse disposant d'une liberté de ton qui tend à disparaître en France hormis avec le Canard enchaîné (plutôt à gauche), Minute (extrême droite) et Marianne (gauche réformiste). Cette publication polémique et satirique garde une réputation marquée à gauche. C'est un journal avant tout républicain, qui pratique la liberté d'expression jusqu'en son propre sein : il n'est pas rare que les différents chroniqueurs soient en désaccord plus ou moins profond.
[13] L’AML (Association du Manifeste des Libertés) rassemble des hommes et des femmes de culture musulmanes qui portent des valeurs de laïcité et de partage.
[14] Le président iranien avait suscité une réprobation internationale en qualifiant plusieurs fois l'Holocauste de "mythe" et en réclamant qu'Israël soit « rayé de la carte ».
[15] Crée en 1992 par les réformateurs de la mairie de Téhéran, Hamshari a été pendant longtemps le quotidien réformateur de référence. La défaite des réformateurs aux élections municipales et l'arrivée de Mahmoud Ahmadinejad à la tête de la mairie de Téheran allaient sonner le glas pour ce média. Hamshari change d'équipe et devient un quotidien ultra-conservateur. Son tirage s’élève à 400.000 exemplaires/jour.
[16] En mai 2006, Ayaan Hirsi Ali, Députée Néerlandaise d'origine somalienne est victime d'une vive polémique aux Pays Bas. Elle est notamment accusée d'avoir mentie sur son identité et sa date de naissance (ce qu'elle a d'ailleurs reconnu à la télévison néerlandaise). En s'exilant aux Etats-Unis, Ayaan Hirsi Ali a décidé de quitter son poste de députée néerlandaise et de se tenir à l'écart de la forte pression qui régnait sur elle au Pays-Bas. Née en Somalie, Ayaan Hirsi Ali a fui à 22 ans pour échapper à un mariage forcé. Réfugiée aux Pays-Bas, cette musulmane en a adopté les valeurs libérales au point de devenir une jeune députée à La Haye, membre du parti libéral VVD, et de s'affirmer athée. Pour avoir travaillé dans les services sociaux du royaume, elle connaît, de l'intérieur, les violences tolérées à l'encontre des femmes au nom du multiculturalisme. Son combat contre l'emprise de l'islam a pris un tour tragique depuis le 2 novembre 2004, date de l'assassinat par un radical islamiste du cinéaste Theo Van Gogh, coauteur avec elle du film Soumission. Menacée de mort, elle vit sous protection policière.
[17] Interview d’un cartooniste iranien exilé en Belgique, que j’ai réalisée et mise en forme en février 2006. Mosen nous parle de sa conception du statut du dessinateur de presse, de la liberté d’expression, de l’affaire des caricatures de Mahomet, et de ses impressions sur le concours de dessin organisé par le quotidien iranien Hamshari, ayant pour thème « La ligne rouge de la liberté d’expression en Occident ».
bibliographie


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Wikipedia (encyclopédie en ligne) 2006 « Salman Rushdie » consulté le 20 mai 2006 sur le site
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Table des matières


Introduction

Chapitre 1. Concepts généraux
§1. Définitions de la caricature et du caricaturiste
§2. Bref historique de la caricature et du dessin de presse
§3. Différences entre le dessin et la photo
§4. Le pouvoir du dessin de presse
§5. Le dessinateur de presse est-il un journaliste ?
§6. Espace de liberté du cartooniste

Chapitre 2. Rétrospective sur l’affaire des caricatures de Mahomet

§1. Douze caricatures dans le Jyllands Posten, le début d’une longue saga
§2. Les réactions des différents organes de presse européens

2.1.En France

2.1.1. France Soir
2.1.2.
Charlie Hebdo
2.1.3. Le Monde
2.1.4.
Libération

2.1.5. Le
Canard Enchaîné

2.2. En
Belgique
2.3. En Grande-Bretagne

2.4. En Allemagne
2.5. En Italie

§3. Les réactions des différents organes de presse non européens
§4. L’image des Juifs et d’Israël à travers la caricature
§5. Réactions d’intellectuels

Conclusion
Annexes
Biblographie

Table des matières



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